Argane : Les coopératives en quête de compétitivité

Argane : Les coopératives en quête de compétitivité

La FAO a relevé récemment un potentiel de croissance moyen pour la filière

«L’arganier est l’une des rares filières où les coopératives se chargent de tous les maillons de la chaîne. Les coopératives qui y opèrent gagneraient plus en s’agrégeant et en s’organisant en structures performantes pour avoir une plus-value aux niveaux local et international»

Bien qu’elles soient très en avance par rapport aux autres groupements agricoles, les coopératives productrices d’argane ont un long chemin à parcourir. Certes, ces structures ont été les premières à se positionner sur le marché mondial, mais elles n’ont toujours pas gagné en compétitivité. C’est d’ailleurs ce qui a été relevé dans la récente étude réalisée par la FAO et financée par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Portant sur les opportunités d’investissement dans le secteur coopératif, l’étude a permis de dresser un panorama de ce secteur comptant plus de 17.500 coopératives dont 2/3 opèrent dans le secteur agricole. L’analyse a permis, par ailleurs, de diagnostiquer le potentiel de croissance pour chaque filière. Si ce dernier demeure élevé pour les maraîchages et agrumes, la performance reste, selon l’étude de la FAO, moyenne pour l’argane où les intermédiaires raflent une bonne part de marché. Face à ce constat, nous nous sommes adressés à l’Office du développement de la coopération (ODCO) afin de discuter des éventuelles pistes permettant aux coopératives d’argane où autres groupements de gagner en maturité et par conséquent consolider leur compétitivité.

Abdelkarim Azenfar, directeur de l’ODCO, a tenu tout d’abord à préciser le contexte de l’étude élaborée par la FAO et à laquelle a participé l’Office aux côtés de nombreux départements relevant du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime. 

«Cette étude a eu le mérite d’avoir regroupé la plupart des intervenants dans le secteur coopératif pour réfléchir ensemble et voir comment rendre les coopératives agricoles plus autonomes. La finalité étant de faire sortir l’aspect économique de ces structures qui n’ont rien à envier aux petites entreprises», apprend-on du directeur de l’ODCO. En revenant aux multiples constats établis par la FAO, on relève que les coopératives de l’arganier ont toujours du mal à faire face aux problèmes de compétitivité et de capacité d’investissement. Interrogé à ce propos, M. Azenfar explique que «la réalité n’est ni alarmante ni glorieuse. Les analystes ont volontairement provoqué cet effet de choc pour susciter plus de débat. S’agissant des coopératives d’argane, il y a toujours une marge à gagner si elles s’organisent entre elles».

L’agrégation sauvera la filière

Sur le terrain, les coopératives d’argane, généralement féminines, se voient fortement concurrencées par l’intervention d’intermédiaires, voire d’entreprises privées qui agissent aujourd’hui au niveau du ramassage et de la collecte. Ces entreprises, plus à l’aise financièrement comparé aux coopératives, concourent aussi bien au niveau de la matière première qu’au niveau industriel. Chose qui renforce leur positionnement en amont et en aval raflant des parts aux femmes de la filière qui sont majoritairement issues d’un milieu rural défavorisé. «L’arganier est l’une des rares filières où les coopératives se chargent de tous les maillons de la chaîne depuis l’arbre jusqu’au consommateur. Ainsi, les coopératives qui y opèrent gagneraient plus en s’agrégeant et en s’organisant en structures performantes pour avoir une plus-value aux niveaux local et international», affirme M.Azenfar. 

Selon le directeur de l’ODCO, «l’agrégation sauvera sans doute l’argane. Au lieu que les petites coopératives s’entretuent en produisant de faibles quantités sur le marché local, elles devraient créer une union assurant ainsi une complémentarité de production. C’est ainsi que les petites coopératives se chargeront en amont de la cueillette qu’elles livrent aux grandes structures. Ces dernières assureront en aval le stockage, packaging, vente et traçabilité en respect total des normes internationales». L’appui de l’Etat dans le process de l’agrégation n’est pas des moindres. Le département de l’agriculture intervient en équipant les groupements d’intérêt économique (GIE) ou unions de coopératives de matériels appropriés.

L’agrégation, l’essence même du pilier II du Plan Maroc Vert, est venue booster l’agriculture solidaire en proposant des unions soit avec le secteur privé ou bien entre coopératives. Ce modèle a porté ses fruits au Maroc, notamment au niveau de la filière lait. Selon le directeur général de l’ODCO, la coopérative Copag est un exemple à suivre par l’ensemble du tissu coopératif au niveau national. Il s’agit en effet d’une union qui regroupe plusieurs coopératives pratiquant l’élevage bovin. La coopérative mère, qui reçoit chaque jour des quantités de lait de la part des petites coopératives adhérentes, se charge de la transformation du produit à travers un système de mécanisation conforme aux normes en vigueur.  Notons que le Plan Maroc Vert est venu dynamiser l’agriculture solidaire en posant également un cadre juridique attractif. Le cadre légal, entré en application en 2016, fait partie, selon les opérateurs du secteur, des lois les plus avancées dans le monde. Ce texte juridique vient effacer les lourdeurs de création de coopératives en ouvrant ce périmètre aux personnes morales et même aux ressortissants étrangers africains soient-ils ou arabes.

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