Avons-nous besoin des leaders ?

Avons-nous besoin des leaders ?

A ces questions et à bien d’autres, le cercle maroco-americain qui vient d’organiser récemment à Casablanca une table ronde sur les concepts et les pratiques du leadership, a tenté de répondre de façon théorique et pragmatique, faisant appel à des témoignages personnels dont certains étaient chargés d’émotion.. Les intervenants, en dehors des invités, sont tous issus des grandes universités américaines pour lesquelles la compétition est inévitable dans un monde où il est de plus en plus difficile de se frayer un chemin sans efforts et sans risques.
Le leader, n’est-il pas celui qui est capable de mobiliser ses ressources et son énergie ainsi que celles des autres, tout en étant constamment à même de les adapter pour le progrès commun? N’est-il pas celui qui sait amener les changements et les ruptures nécessaires? N’est-il pas aussi celui qui, sachant parfaitement écouter les autres, arrive à mettre en évidence et à cibler les priorités, à identifier les vrais problèmes, à instaurer la confiance et à ouvrir des horizons nouveaux? N’est-il pas celui qui a le don de savoir répartir les tâches entre autant d’intervenants responsables qu’il devient possible, pour tous, de maîtriser les difficultés et de créer les conditions du succès?
Dans un monde qui ressemble de plus en plus à "un puzzle dont l’image de base bouge tout le temps", il n’est pas facile d’être ou de devenir un leader, quelle que soit la définition qu’on tente de donner à ce terme. Avec des mots simples, il faut pouvoir dire qu’il n’est pas évident que les concepts et les méthodes du leadership puissent s’épanouir en dehors des sociétés libérales avancées. Ces derniers, en effet,  reconnaissent aux élites le droit d’exister en tant que telles et d’évoluer normalement et qui les protégent de manière à favoriser l’émergence des idées nouvelles, tolérant les points de vue divergents et faisant circuler rapidement l’information et le savoir afin qu’ils soient le mieux partagés, et que les individus puissent, à compétences égales, disposer des  mêmes chances et des mêmes débouchés. De toute manière, sont révolues les époques des grands leaders, guides de l’humanité, transcendant le temps, les cultures et les mœurs et projetant sur les hommes des lumières nouvelles, sources de progrès, de fraternité et de paix. Ces leaders-là tels le Christ, Mohammed et sur un autre plan Ghandi n’avaient pas besoin de concepts de leadership modernes dans lesquels la compétitivité aveugle parfois et peut induire une forme de puissance sans conscience, ennemie justement du progrès, de la  fraternité et de la paix. Leur charisme exceptionnel et l’exemple qu’ils ont donné, à travers leur propre vie, ont puisé l’énergie nécessaire pour s’accomplir, dans le don de soi et la  soumission de l’esprit aux lois du cœur beaucoup plus mobilisatrices.
Aujourd’hui et alors que l’humanité a achevé avec succès les premières phases de sa prise en main de la terre, le monde a besoin de bataillons de petits leaders, dans tous les domaines et dans tous les pays, pour créer des richesses et mettre le progrès et la prospérité à la disposition d’un nombre de plus en plus élevé d’individus. Ces leaders, chefs d’entreprises, entre autres, et dont l’histoire ne retiendra pas le nom, vont travailler avec le calme et l’assurance de ceux qui savent, cumulant les succès et les victoires sur eux-mêmes et sur les autres. Le leadership a-t-il un coût? Oui, et il peut être exorbitant dans les pays en développement où l’environnement politique et économique n’est  pas propice à l’émergence d’élites de qualité, inspirées plus par le devoir de servir leur pays que par celui de gérer leur carrière et leur fortune ; qui donnent sans prendre et qui, à l’instar des flambeaux, éclairent autour d’eux, et permettent à qui peut ou veut avancer, d’utiliser leur lumière. 
Apparemment le Maroc où il est encore commun de vivre et de mourir sans jamais avoir lu un journal, a fortiori un livre, n’est pas encore prêt pour admettre les leaders.
Ils le dérangent. S’ils sont haut perchés, il les blasphème et s’attaque, en cas d’impuissance, à leur piédestal; s’ils sont à sa portée il les déchiquette et marche dessus.
Culture passagère de médiocrité normalisée pourrait dire Hind Taarji ! Mais bien entendu tout espoir n’est pas perdu, le Royaume n’ayant que cinquante ans de modernité. Il va et doit évoluer et à cela il n’y a aucun doute.

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