Balisage : La mare aux crocodiles

En matière d’investissements, il faut, comme disait Bachelard à propos des sens et des apparences, «refuser la séduction du premier choix». « Les premières évidences sont toujours fausses », disait ce chantre de la science expérimentale. Que ne profitons-nous pas de ces enseignements, du reste empiriques, pour revoir notre politique d’investissements ? La facilité avec laquelle les tours de table sont formés à Marrakech, la rapidité avec laquelle les investisseurs parviennent à convaincre des groupes à entrer dans leur tour de table sont souvent présage des lendemains qui déchantent. Depuis la fin des années 90, avec la reprise du tourisme, beaucoup d’investisseurs se sont orientés vers les charmes de la ville ocre.
Il y a eu indiscutablement, dans le lot, les bons profils, ceux qui sont venus avec les fonds et les idées. Derrière eux, il y a eu aussi – plus souvent ces dernières années- des génies, diseurs de Phébus patentés, et porteurs de projets sans bourse. Politique d’encouragement aux investisseurs oblige, l’on passe souvent outre les formalités d’usage. D’où les milliers d’affaires de mauvaise gestion, de détournements et de projets mirages observés depuis 2000 à Marrakech.
L’on se souvient pour l’exemple de ce «Parc des Crocodiles », qui devait voir le jour sur la route de Fès-Ouarzazate, à quelques encablures de l’hôtel Palmariva. L’investisseur extérieur, venu avec beaucoup d’idées, obtiendra gratuitement un terrain du ministère du Habous. Une émission de l’une des deux chaînes nationales sera même tournée sur le site.
Du gazon et des sapins viendront recouvrir le terrain. Mais point de ces crocodiles du Sénégal censés égayés les foules. D’ailleurs, après renseignement soigneusement pris auprès des résidents de ce pays au Maroc, il n’y a plus de crocodiles au Sénégal depuis les années 70. Pourtant, notre investisseur était parvenu, avant de disparaître, de faire croire aux principaux de la ville que bientôt l’on commencera à fabriquer des sacs de crocodile à Marrakech.
Plus près de nous, il y a le cas des «Sons et Lumières». Un simple clic sur Yahoo plonge l’internaute dans le CV de Henry Chabert. Aujourd’hui, en attendant l’audit lancé par la nouvelle direction censée donner de l’impulsion aux Sons et Lumières de Marrakech, l’on ne peut trancher entre l’ «arnaque » ou la mauvaise gestion. De même, l’on ne peut rien reprocher aux gérants de Alcazar Evenements qui promettaient monts et merveilles et qui sont depuis ces derniers jours en état de faillite. Vivement la mise en place d’un véritable Observatoire pour les investissements à Marrakech.

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