Balisage : Panne de recettes

L’Organisation mondiale du tourisme crédite le Maroc d’une bonne saison touristique. Une performance de 17% sur les nombres d’arrivées entre janvier et août 2004 et qui a fait beaucoup de bruits. Pourtant, le résultat est nettement moindre que celui enregistré par certains pays de la rive Sud de la Méditerranée.
L’Egypte a triplé ce score (+49%), y attelant une augmentation des recettes de 50%. Loin du cas du Maroc. La croissance des recettes enregistrées par le Royaume ne dépasse pas 3%. D’où ses violons discordants, avec d’une part une tutelle qui se félicite de la reprise et, d’autre part, des sociétés qui ont du mal à solder les années de crise. Il y a de plus en plus de touristes, mais derrière, les recettes ne suivent pas.
Il y a certainement là matière à réflexion. Le produit Maroc ne peut aujourd’hui être qualifié de ni cher ni bon marché, selon des voyagistes français. C’est un produit étiré vers le sommet, et vers le bas avec une offre trop concentrée sur les cinq étoiles et des prix trop variables. Incapables de s’entendre, les hôtels se cannibalisent au grand bonheur des TO qui négocient individuellement. Interrogés, les fonctionnaires en charge du tourisme se félicitent de la situation. «C’est de la libre concurrence», entend-on invariablement alors qu’ailleurs, de tels comportements sont passibles de sanctions. Le ministère égyptien du Tourisme a déclassé certains établissements à Charm El Cheikh en 2003. Les hôtels incriminés étaient accusés d’avoir trop tiré sur les coups, occasionnant une destruction de valeurs. Au Maroc, la libre concurrence est interprétée par la liberté de fixer les prix. Chez les hôtels, fixer les prix se fait souvent à la baisse.
Pour les restaurants en revanche, il s’agit de culbuter les tarifs. Au point que les touristes ne sortent plus et préfèrent rester dans leur hôtel. La course effrénée que se livrent les restaurants en matière de prix freine la consommation. Aussi, finalement, les hôtels sont pleins, mais les recettes ne suivent pas. D’aucuns se demandent, non sans sourire, si l’exemple du BNB (bonheur national brut), adapté par le Bhoutan ne conviendrait pas à notre tourisme. Ce petit pays du Sud-Est asiatique, de 2 millions d’habitants, enclavé entre l’Inde et la Chine, a décidé de ne pas recevoir plus de 6.000 touristes par an, sélectionnés par un système de quota. Un système qui protège à la fois l’environnement, les équilibres socio-économiques et, en prime, un meilleur ratio recettes par touriste.

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