Balisage : Pourvu que ça dure !

Les derniers chiffres publiés par le ministère du Tourisme font état d’une nette amélioration de la conjoncture. Pour une fois, il n’y a pas eu de contestations publiques, aucune association n’y a trouvé à redire. Marrakech réalise un bond de 20%, Agadir en est à dix. Même Fès, dit-on, s’est réveillée alors que l’axe Rabat-Meknès sommeille. Optimisme de façade, selon beaucoup de professionnels qui ont évité de se prononcer, craignant d’être taxés de sceptiques.
Les nuitées s’envolent, les prix, eux, s’enfoncent. A Agadir, Etapes Nouvelles et Maxi profitent d’une situation marquée par la suroffre de capacités en front de mer. Pour survivre, les hôtels situés en troisième ligne n’ont pas le choix. Ils doivent faire avec des facteurs de production qu’ils ne maîtrisent pas et, fatalement, des prix moindres. Le rapport recette-nuitées n’en peut que diminuer. C’est cela qui explique l’optimisme mesuré dans la capitale du Souss et même ailleurs. Beaucoup d’hôteliers s’interrogent aujourd’hui sur la capacité du Maroc à vendre ses produits. Puisqu’avec seulement un ajout de 15 000 lits, la destination a subi une décote, qu’en sera-t-il avec le colossal plan Azur ? Malgré tous les discours, force est de reconnaître aujourd’hui que l’évolution des arrivées de touristes internationaux est lente, très lente.
Depuis 2001 et le lancement du contrat programme, on a du mal à dépasser de la moyenne de 2,5 millions de touristes. Le ministère a bien adapté la définition du «touriste», terme qui aux yeux de l’OMT, engloberait aussi les MRE. Soit, mais sommes-nous pour autant près de ces objectifs de croissance de 15% ? L’actuel ministre, qui a eu à traverser les turbulences de l’après 11 septembre, la deuxième guerre du Golfe et les attentats du 11 mars, n’a pas été gâté par la conjoncture. Car, se profile déjà l’année 2005, la moitié du temps imparti au plan cadre.
Nul doute que le bilan d’étape qui sera certainement fait lors des prochaines Assises risque d’apporter quelques corrections, rectificatifs de cap nécessaires pour mener le bateau à bon port. Peut-être, il faudra désormais revoir la copie en l’axant davantage sur la commercialisation, la promotion que le béton.
A l’heure où le tourisme de masse menace les Baléares et oblige Accor à revoir ses investissements dans certaines destinations lointaines, ne serait-il pas judicieux de marquer une pause dans la cadence d’ouvertures d’établissements hôteliers. En matière d’hôtellerie, la règle empirique dit que quand l’investissement dépasse la croissance des recettes, le parc hôtelier s’appauvrit et s’endette.

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