Banque centrale européenne : Les taux directeurs ne changeront pas

La BCE va rester en position d’attente et garder ses taux directeurs inchangés pendant de longs mois, l’inflation pesant plus lourd dans la balance que les signes annonciateurs d’un essoufflement de l’économie en zone euro, estiment des économistes. Les 31 économistes interrogés par l’Agence France-Presse et l’agence financière Thomson Financial News prévoient la poursuite du statu quo monétaire lors de la prochaine réunion du conseil des gouverneurs, qui va se tenir jeudi à Athènes. «Malgré plusieurs données conjoncturelles plus faibles, la BCE va maintenir ses taux directeurs étant donné les dangers inflationnistes qui persistent», souligne Stefan Mütze, analyste chez Helaba, résumant l’avis général. Alors que la Réserve fédérale américaine vient d’abaisser son taux à 2%, la BCE va continuer à suivre sa propre voie. Son principal taux est situé à 4% depuis juin.
Les Etats-Unis, au bord d’une récession, se trouvent certes dans une situation plus précaire que la zone euro, dont l’économie reste robuste, selon des déclarations récentes du président de la BCE Jean-Claude Trichet. Pourtant, certains Etats commencent à souffrir davantage de la crise financière et accueilleraient avec soulagement un assouplissement des conditions du crédit, en particulier l’Espagne, qui représente 12% de l’économie des Quinze. Le climat économique continue en outre à s’assombrir dans l’ensemble de la zone euro, comme l’a encore montré l’indice de confiance économique d’avril, qui a reculé à son plus bas niveau depuis août 2005. Cela n’empêche pas les gardiens de l’euro d’évoquer à l’envi une remontée des taux directeurs. Du gouverneur de la Banque de France Christian Noyer au président de la Bundesbank Axel Weber, on ne laisse passer aucune occasion de pester contre les risques inflationnistes et d’affirmer la volonté de la BCE d’»agir si besoin», une autre façon d’agiter la menace d’une remontée des taux. L’inflation s’est un peu assagie en avril, affichant 3,3% sur un an selon une première estimation de l’office statistique européen Eurostat, après un pic de 3,6% en mars. Mais le taux reste nettement supérieur à l’objectif de la BCE d’une inflation légèrement inférieure à 2%. C’est moins les pressions actuelles -liées à la flambée des prix du pétrole et des denrées alimentaires- qui inquiètent la BCE, car elles tient pour provisoires. Elle redoute davantage leurs retombées, sur les négociations salariales essentiellement. Les syndicats européens exigent des augmentations de salaires conséquentes pour les salariés, dont le pouvoir d’achat est entamé par les hausses des prix. Mais aux yeux de la BCE, cela représente un risque de dérapage des prix durable. Face aux tensions inflationnistes, qui empêchent notamment la relance de la consommation dans la première économie de la zone euro, l’Allemagne, la politique de lutte contre l’inflation défendue par la BCE est pertinente, estiment de nombreux économistes. Le repli de l’euro face au dollar de ces derniers jours devra aussi être suivi de près. La force de l’euro, qui réduit la facture pétrole et matières premières libellés en dollars, a jusqu’ici freiné les tensions sur les prix. Un effet qui disparaîtrait au cas où l’euro venait «à baisser rapidement en raison d’un changement de l’appréciation du marché», souligne Pierre Delage d’Oxford Economics, qui va jusqu’à miser sur un maintien des taux toute l’année et une remontée en 2009. L’ensemble des économistes du panel AFP/TFN misent toutefois bien sur une baisse de taux quand les tensions sur les prix se seront apaisées, mais pas avant le troisième trimestre 2008 au plus tôt. Le mois dernier, ils étaient encore 10 à parier sur une baisse au deuxième trimestre.

• Isabelle Le Page (AFP)

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