Banque mondiale : Révision des méthodes anti-corruption

Banque mondiale : Révision des méthodes anti-corruption

La Banque mondiale (BM) va revoir ses méthodes anti-corruption, jugées peu transparentes voire discrétionnaires sous la présidence de Paul Wolfowitz. «Il y a un certain nombre de choses qui doivent être corrigées», a estimé mercredi le nouveau dirigeant de l’institution multilatérale, Robert Zoellick. Le dispositif actuel, articulé autour du département d’intégrité institutionnelle (INT), présente des lacunes, notamment dans «le partage des informations et le soutien dont il jouit au sein de l’institution», a-t-il reconnu. «Nous devons intégrer de façon plus efficace et cohérente le travail de l’INT à notre activité et nous avons besoin d’un suivi réel» de ses réalisations, a-t-il résumé, lors d’une conférence téléphonique. M. Zoellick, qui a remplacé M. Wolfowitz début juillet, réagissait aux conclusions d’un rapport rédigé par l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Paul Volcker.
A la tête d’une commission composée de cinq autres personnalités, M. Volcker avait été chargé en février par les administrateurs de la BM d’examiner le fonctionnement d’INT, la division chargée de pister les fraudes dans les programmes de la banque. Cette division était en effet devenue un sujet de controverse majeur, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’institution. Avant d’être lui-même acculé à la démission par une affaire de népotisme, M. Wolfowitz en avait fait le bras armé d’une croisade anti-corruption dont le personnel de la banque, ses actionnaires et ses clients critiquaient les méthodes. La stratégie offensive de l’ancien faucon de l’administration Bush avait en particulier abouti au gel de plusieurs prêts, notamment au Congo et en Inde. Tout en reconnaissant que l’INT avait obtenu des «succès notables», la commission Volcker a jugé que «des problèmes opérationnels graves et des tensions lourdes dans les relations avec certaines unités opérationnelles avaient surgi, contribuant parfois à des relations contre-productives entre la banque, ses bailleurs et les pays emprunteurs». Elle a fait plusieurs recommandations: que son responsable ne cumule pas la fonction de conseiller du président, que les membres du conseil d’administration s’assurent de la cohérence de son action et qu’un conseil de supervision externe soit créé pour «renforcer l’obligation de l’INT à rendre des comptes».
La commission a également proposé que les fautes commises par le personnel de la Banque, hors cas de fraudes, soient traitées par une structure distincte, que les droits des employés incriminés soient renforcés, et que les enquêtes en cours fassent l’objet d’une plus grande transparence. M. Zoellick a accueilli positivement ces propositions : «franchement, de ce que j’en ai vu rapidement (…) je ne vois rien (dans le rapport Volcker) qui me pose problème», a-t-il dit mercredi. «Nous allons recueillir pendant 45 jours les commentaires du public», a-t-il toutefois ajouté, apparemment avide de concertation. Mais le successeur de Wolfowitz n’entend pas sacrifier l’actuelle dirigeante de l’INT, Suzanne Folsom, bête noire des anti-Wolfowitz. «Je prévois de la garder», a-t-il dit, et «elle continuera à me rendre compte directement». En revanche, elle risque de perdre sa casquette controversée de conseillère du président. «Ce n’est pas son rôle», a-t-il tranché.

David Dieudonne (AFP)

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