Beaucoup de bruit pour rien

Que faut-il retenir de la dernière conférence des Nations unies sur le financement du développement qui s’est tenue à Monterrey (Mexique) du 18 au 22 mars ? Un constat amer mais prévisible : pas d’engagements concrets de la part des chefs d’Etat et de gouvernements des pays riches qui refusent toujours d’adopter les principales mesures qui peuvent sauver les deux tiers de l’humanité de la pauvreté. En principe, la conférence devait proposer des financements pour réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015. Il n’en est rien.
Le désengagement des pays riches sera comblé par l’intervention du secteur privé dans le financement du développement. Les Etats-Unis est le premier pays riche à défendre cette formule qui peut garantir le développement du tiers-monde.
Face à ce désengagement, les représentants des pays du Sud à Monterrey n’ont pas mâché leurs mots. «Il faut agir au lieu de parler», c’est en ces termes que le Président vénézuélien Hugo Chavez, qui s’est exprimé au nom d’une centaine de pays du Sud membres du Groupe des 77. «Malgré les paroles, je n’ai jamais obtenu un seul centime pour l’allégement de la dette de mon pays», soutient pour sa part le Président du Nigeria, Olusegun Obasanjo. Et d’ajouter : «Depuis que j’assure mes fonctions, les choses ne sont pas encourageantes.
De son côté, le Gabonais Omar Bongo a affirmé qu’ «en dépit de l’engagement ferme de nos Etats dans la voie des réformes, ces réunions demeurent de grandes messes médiatiques sans lendemain». Le Maroc représenté par le Premier ministre, Abderrahmane Youssoufi a appelé à la mise en place d’une véritable sécurité économique planétaire. Selon le Chef du gouvernement, la réussite de la Conférence de Monterrey passera par le renforcement progressif des fondements d’une véritable sécurité économique mondiale qui ne peut reposer que sur une solidarité internationale plus active, plus conséquente et plus concrète. En dépit de leur critique et de leur déception, les pays du Sud ont signé le texte final de «consensus». Ils n’avaient pas d’autre choix que de se rallier aux Etats-Unis et de l’Europe qui plaident à la poursuite des accords de libéralisation de Doha.
A ce sujet, le Président américain, George Bush n’a pas fait dans la nuance. Dans son discours, il a souligné que la diminution de la pauvreté dépend de l’accroissement du commerce. En participant à Monterrey, l’ensemble du Tiers-monde s’attendait à ce que les pays du Nord allaient faire une exception et adopter les mesures concrètes pour réduire la misère. Il faudra attendre longtemps si l’on en juge par les discours des gouvernements de ces pays. Parmi ces mesures, on peut citer notamment l’annulation totale de la dette des pays pauvres, la mise en place d’un système de règlement généreux de la dette des pays du Sud, la définition des garanties pour que les futurs financements soient engagés dans des conditions satisfaisantes, l’engagement des pays riches à consacrer au moins 0,7% de leur richesse au financement du développement, le rééquilibrage de l’échange entre le Nord et le Sud, la garantie de la souveraineté alimentaire dans chaque pays, le contrôlee des mouvements irrationnels de capitaux et l’interdiction du secret bancaire…

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