Benali : «La loi n’est pas suffisamment appliquée»

Benali : «La loi n’est pas suffisamment appliquée»

Aujourd’hui Le Maroc : Le chèque pose un sérieux problème de crédibilité en tant que moyen de paiement au Maroc, pourquoi à votre avis ?
Driss Benali : Une première explication réside dans le fait que le chèque n’est pas encore rentré dans les moeurs collectives de la société marocaine. C’est un peu comme la problématique du rapport des citoyens avec les impôts, et plus généralement avec l’argent. Le chèque, comme instrument financier, est d’abord lié à l’esprit civique. Il repose ensuite sur la confiance. Il se trouve qu’une société en pleine transition comme la nôtre n’a pas encore suffisamment digéré ces outils, plus au moins élaborés. Conséquence : le Marocain reste à ce niveau généralement méfiant et particulièrement prudent vis-à-vis de tout ce qui n’est pas désigné expressément comme argent liquide. En effet, le Marocain a besoin de voir le Roi sur un billet pour être sûr de sa valeur. Pour lui, cette image symbolique est un gage de sécurité, puisque par définition, il fait confiance avant tout au Makhzen. Il s’agit là d’un phénomène d’ordre sociologique et culturel qui constitue un facteur important pour cerner l’étendu du problème. La crédibilité du chèque n’est pas seulement un problème de malhonnêteté.
Oui, mais vu le nombre impressionnant des chèques sans provision qui circulent, doit-on s’interroger sur la responsabilité des banques qui délivrent les carnets de chèques ?
À mon avis, le problème ne réside pas dans la délivrance d’un chéquier. Le vrai danger provient du développement spectaculaire de l’activité de l’escroquerie à large échelle ces dernières années. Il est tout à fait normal qu’une banque délivre un chéquier à son client. C’est à ce dernier de considérer cet acte comme une responsabilité. Il ne faut pas oublier que l’usage du chèque repose d’abord sur la confiance. Force est de constater que les autorités ne sont pas assez fermes quant à la stricte application de la loi en matière d’usage de chèque. Plus précisément, et dans le cas que vous soulevez, je pense qu’il n’y a pas suffisamment de fermeté dans l’application de la réglementation en matière de prévention et de lutte contre l’émission de chèques sans provision. Ce qui explique en grande partie leur nombre excessivement élevé. L’Etat doit lutter efficacement contre ces escrocs qui polluent la vie économique du pays. Dans un Etat de droit, il y a des règles de jeu que tout le monde doit respecter. La justice doit jouer son rôle de garant du respect de ces règles. Force est de constater qu’aujourd’hui encore, il n’y a pas de fermeté dans l’application de la loi.
Bien. Vous ne pensez pas tout de même que le chèque est un moyen de paiement qui est dépassé aujourd’hui ?
C’est vrai que dans plusieurs pays développés, le paiement électronique a pris le dessus dans la quasi-majorité des opérations commerciales. Au Etats-Unis par exemple, si vous sortez un billet de 100 $, tout le monde va vous regarder d’une manière bizarre. Ceci étant, le chèque reste quand même un moyen incontournable pour une catégorie de transactions. Sur le terrain, l’activité économique est investie d’escrocs en tout genre qui nuissent à la crédibilité non seulement du chèque, mais à tout mode de paiement. Un début de solution serait de garantir une atmosphère assainie des différentes transactions économiques et commerciales.

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