Bernard Ferran : «Le Maroc n’a rien à envier aux autres»

Bernard Ferran : «Le Maroc n’a rien à envier aux autres»

ALM : On a beaucoup parlé de risques inhérents aux marchés financiers lors de la WFC. Quels sont concrètement ces risques et faut-il y avoir une réponse commune ?
Bernard Ferran : Les risques inhérents dans l’activité d’un dépositaire central sont principalement des risques opérationnels. Il y a aussi un risque lié à la technologie en raison de la cybercriminalité. C’est un sujet qui demande énormément d’investissements pour être à niveau et y faire face. Il y a donc matière à mutualiser tous ces efforts pour essayer de trouver une approche commune en matière de technologie mais une technologie renforcée. C’est-à-dire chacun s’équipe de son côté, chacun achète des software pour se protéger alors qu’il existe peut- être une nouvelle technologie qui permet d’éviter qu’il y ait des risques d’intrusion et donc je pense que les marchés en l’occurrence les dépositaires centraux comme Maroclear et les confrères partout dans le monde devraient pouvoir avoir un dialogue beaucoup plus en concertation de manière à essayer de mutualiser tous les efforts pour se défendre.

A combien vous estimez le coût de cette opération ?
Il n’y a rien de plus problématique que de savoir qu’on est attaqué parce que à ce moment là on arrive pas à réagir. Donc il est très important que tous ces dépositaires centraux de valeurs comme Euroclear et Maroclear puissent s’équiper et se mettre à niveau le plus tôt possible. Cela demande énormément d’investissements. ça se chiffre en millions de dollars. Ce n’est pas quelque chose qui peut être fait du jour au lendemain parce qu’il y a un coût pour le marché. En revanche, c’est un coût qui est nécessaire car le role principal d’un dépositaire est avant tout de protéger les investisseurs. Et donc pour moi la protection est inestimable. Il faut avoir cette démarche de se mettre à niveau pour éviter qu’une attaque ou une intrusion ne puisse être néfaste pour tout le marché.

Vous parlez d’une mise à niveau. Faut-il renforcer par exemple les partenariats avec les GAFA ? Quel type de partenariat vous avez avec ces géants du Net ?
Déjà au niveau IT, il faut avoir des firewall et des systèmes de protection pour éviter l’intrusion mais aussi avoir des systèmes de monitoring pour voir à partir de quel moment une personne s’est introduite et qu’est-ce qu’elle cherche exactement.
Après pour les partenariats, des échanges sont faits entre tous les chief security officer à travers le monde. Ils se réunissent dans des conférences. Ils débattent de ces sujets d’une manière très proactive. Ils échangent leurs expériences et les défis à mener ou encore l’hypothèse de choisir une solution plutôt qu’une autre. ça reste très collégial. L’intérêt est néanmoins de défendre sa propre société ou son propre dépositaire. Mais quelque part il y a encore matière à échanger plus et c’est là où il faut faire plus d’effort.

Quelles sont les propositions que vous vous souhaitez soumettre ou mettre en avant lors de la Conférence du Forum mondial des dépositaires centraux des titres ?
Le Groupe Euroclear est constitué de 5 dépositaires centraux en Europe et donc, à cette conférence, il y a trois représentants de trois dépositaires centraux européens, à savoir la France, la Belgique et l’Angleterre qui figurent dans les panels pour partager leurs expériences. Le premier sujet traité est relatif à l’environnement réglementaire, le deuxième est axé sur l’aspect innovation et le troisième s’attache à donner une vue un peu plus globale sur ce qui se passe sur les marchés des capitaux. L’essentiel pour nous c’est d’échanger et de savoir ce que les autres dépositaires dans le monde adoptent comme innovation face aux risques. ça reste une opportunité unique qui se présente une fois tous les deux ans. C’est l’occasion aussi de faire du Networking.

Pouvez-vous nous donner votre point de vue sur le marché des capitaux marocains ? Comment par exemple vous voyez son évolution?
En plus du Moyen-Orient et l’Europe, je suis également chargé de couvrir l’Afrique. Globalement, on peut voir qu’il y a des économies à deux niveaux c’est-à-dire des économies un peu plus matures (au niveau européen) et des économies émergentes dans les pays du Moyen-orient. Le Maroc n’a rien à envier aux autres. Je m’explique.
En termes de réglementation le Maroc est tout à fait à niveau. En matière de supervision, il a une supervision impressionnante. Enfin sur le plan technologique, la Bourse de Casablanca et le dépositaire Maroclear sont vraiment au niveau des pays les plus matures.

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