Boeing courtise encore

ALM : Le marché de l’aéronautique au Maroc change de visage avec l’arrivée d’Airbus. Comment analyse-t-on cet événement à Boeing ?
Ihssane Mounir : Pour le Maroc, on peut dire effectivement qu’il y a eu une percée de Airbus cette année. Je vous rappellerais qu’en 2000, il y avait un appel d’offres pour le renouvellement de la flotte de la RAM qui portait sur la livraison de 22 appareils. Notre compagnie avait remporté haut la main ce marché. Bien évidemment, les quatre Airbus qui seront livrés à la RAM ne rentrent pas dans cet appel d’offres. Concernant notre position au sein de la compagnie, elle n’a pas connu de grandes variations. Sur les 33 avions qu’elle compte aujourd’hui, il y a 31 avions Boeing. Sur le long courrier, il y a un Boeing 747, 2 B737 et 2 757. Sur le moyen courrier, il y a 25 B 737 dont 10 de la nouvelle génération.
Votre position est stable à la lumière de ces chiffres. Mais l’est-elle autant dans les prévisions ?
Absolument. Sur les dix ans à venir, entre 2003 et 2013, il y aura 50 avions chez la RAM, contre 4 pour Airbus. Nous avons les meilleurs avions qui existent aujourd’hui. D’ailleurs, les compagnies qui utilisent les Boeing, comme la RAM, s’en sont bien tirées. C’est le cas, entre autres, d’Ethiopian Airlines et d’Air Sénégal et de ses Boieng 737, élues meilleures compagnies de l’année en Afrique. Je dirais que si ces compagnies ont bien traversé les périodes de turbulence, c’est d’abord grâce à deux facteurs : une bonne gestion mais aussi de bonnes performances du Boeing 737. Nous n’avons pas peur de la concurrence, puisque nous nous adaptons à l’évolution du marché. Actuellement, les low-cost et les charters ont pratiquement adopté le Boeing 737-800 qui reste l’un des meilleurs outils de performance pour ce niveau.
L’on remarque pourtant, malgré ces bonnes performances de vos appareils, que certaines nouvelles compagnies comme Emirates ou Qatar Airways ignorent le Boeing?
Je ne parlerais pas de Qatar Airways. Emirates qui n’a pas tourné le dos à Boeing. C’est vrai qu’ils ont annoncé lors du Salon de Bourget d’octobre une commande de 25 A 380, que la presse a qualifiés de la plus grande commande de l’histoire de l’aviation civile. Remarquez que juste après, ils ont annoncé l’acquisition de 25 Boeing 777.
Revenons sur l’Afrique, votre zone à vous. N’êtes-vous pas en train de céder du terrain ?
Pour répondre à cette question, j’avancerais un chiffre. Plus de 80% des avions qui volent dans le continent sont des Boeing. Sur les deux dernières années, la RAM a pris commande de 22 appareils de chez Boeing. Je reviens actuellement d’Ethiopie où la compagnie nationale, Ethiopians Airlines, a pris 12 avions. Une grande compagnie comme Kenya Airways ne dispose que de Boeing. Seul le marché sud africain nous échappe.
En 2003, Airbus est passé pour la première fois devant Boeing en termes de commandes. Est-ce le signe d’une passation de pouvoir?
C’est selon l’angle où l’on se place. Chez nous, à Boeing, on ne se base pas sur le nombre de commandes fermes. Les comptabilités sont différentes. Le seul critère qui démontre la performance chez nous, c’est le nombre de livraison. Sur la flotte existante, nous sommes à 76% de parts de marché dans le monde et plus de 80% en Afrique. Il se peut effectivement que cette année, qu’Airbus livre plus que nous. Cela dit, nous sommes dans une industrie très cyclique. Dans le monde de l’aviation, l’unité de mesure n’est ni un ni deux ans, c’est 25 ans. Notre gestion de production est basée sur la crise économique. Nos avions ont bien répondu. Il n’y a pas eu annulations de livraisons mais juste des reports. Après le 11 septembre, le rythme s’est ralenti. Cette année, on livrera 280 avions. Nous pensons que la reprise de l’activité sera effective vers la fin 2004. Les commandes reprendront en 2005.
Quels sont les rapports entre Boeing et Exim Bank? De la subvention à l’exportation dans l’air?
J’aimerais bien revenir sur cette question pour balayer quelques confusions. Exim Bank est une banque très impliquée dans le gouvernement américain. C’est une branche du libéralisme américain, active à l’export et à l’import. C’est une institution qui dispose de fonds de garantie. Il ne s’agit pas de subventions à l’export. Pour garantir une compagnie, la banque se base sur un dossier. Il faut que le business plan présenté soit convaincant. La compagnie doit justifier de performances financières solides. Si la RAM n’avait pas rempli ses critères, je pense qu’elle n’aurait pas pu garantir ses achats auprès de cette banque qui est très suivie par le contribuable américain. Ce choix de la RAM s’explique aussi par la confiance américaine en l’économie du Maroc et à ses potentialités.
Donc, à l’avenir, nous verrons Boeing investir davantage au Maroc notamment dans l’assemblage industriel où Airbus compte plusieurs projets ?
Nous sommes présents dans ce créneau depuis décembre 2000 où nous avons lancé une unité pour la fabrique des câblages et des composants pour Boeing. Matis est sur pied d’oeuvre depuis janvier 2003, ce n’est pas seulement un mémorandum d’entente. L’entreprise compte aujourd’hui plus de 100 employés. Elle a déjà commencé à livrer à Boeing des composants de hautes performances pour les 777.

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