Bonne filière, mauvaises pratiques

Publicités mensongères, fausses promotions, différence entre le prix affiché en rayon et celui facturé en caisse : les mauvaises pratiques de la grande distribution persistent en France, égarant un peu plus le consommateur à la recherche de pouvoir d’achat. «Il y a des problèmes dans la grande distribution et ce sont toujours les mêmes», déplore Jean-Paul Geai, rédacteur en chef du mensuel de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir.
Une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) réalisée en 2005 mettait en avant de «nouvelles techniques d’attraction de la clientèle comportant un risque de contournement de la réglementation, d’où une fréquence, encore élevée, d’anomalies». Trois ans plus tard, la situation n’a pas changé, relève la DGCCRF. Parmi les pratiques «marketing» de la grande distribution les plus fréquentes, la DGCCRF, UFC-Que Choisir et l’Institut national de la consommation (INC) citent notamment les offres alléchantes dans les prospectus, qui se révèlent introuvables dans les magasins, tant les quantités disponibles sont minimes. En outre, des «lots» (un pour deux, deux produits achetés le troisième gratuit, format familial) peuvent être plus chers que le même produit vendu à l’unité, selon la DGCCRF. «On constate que certains articles en rayon sont moins chers que vendus au même moment en promotion en tête de gondole», ajoute M. Geai. Le débat actuel autour du pouvoir d’achat est une véritable manne pour les grandes enseignes, qui n’hésitent pas à en abuser dans leur campagne publicitaire. Leclerc vient justement d’être condamné par le tribunal de grande instance de Colmar à retirer une publicité «simplificatrice» qui accuse indirectement les pharmaciens «d’être à l’origine de la baisse du pouvoir d’achat». «L’utilisation marketing par Carrefour de l’expression «pouvoir d’achat+ est très subtile. Ce n’est pas non plus pour rien que Carrefour utilise le remboursement de la TVA, qui était une demande de la gauche», selon Marie-Jeanne Husset, rédactrice en chef de 60 millions de consommateurs, le mensuel de l’INC. «Carrefour ratisse large, mais cela ne rapporte rien dans le chariot», ajoute-t-elle. Dans une campagne publicitaire, Carrefour propose depuis le 14 avril une «TVA remboursée» (entre 5,21% et 16,39%) sur «plus de 1.000 produits du quotidien», dans le cadre de «son plan pouvoir d’achat». Mais sur 100,70 euros déboursés lundi au Carrefour de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) lors d’une course hebdomadaire pour un ménage de deux personnes, seulement 1,20 euro a été remboursé, soit un peu plus de 1%. La différence entre le prix affiché en rayon et celui facturé en caisse est également récurrent dans le secteur. «Sur un millier de clients, seulement quelques personnes vigilantes se rendront compte de la différence. Ce qui est inquiétant, c’est que les enseignes ne procèdent pas aux rectifications lorsque ces anomalies sont signalées.
Pourtant c’est très facile puisque c’est électronique», souligne M. Geai. «La promotion dans la grande distribution cache souvent une future augmentation des prix. C’est une sorte de blanchiment des hausses futures», prévient Mme Husset. Et juste avant une «promotion», les magasins peuvent procéder à des «réévaluations» de prix, selon la DGCCRF.

• Bertille Ossey-Woisard (AFP)

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