Cadrage : Les larmes de Lacoste

Les industriels marocains du textile soutiennent le combat de l’Union européenne pour fixer des quotas aux exportations chinoises de textile. Marocains et Européens s’unissent donc dans le combat pour repousser le péril jaune. Les industriels des deux rives de la Méditerranée, effrayés par la déferlante des T-shirts, chemises, pantalons et autres vêtements « Made in China », décident donc de faire front commun, eux qui ne font, somme toute, que récolter ce qu’ils ont semé ou, pour le moins, accepté sans rechigner. Une mondialisation où toutes les barrières sautent.
Un marché international où la compétitivité est le seul critère de choix. L’Europe crie donc au scandale parce que le développement des importations de textiles fabriqués en Chine lui coûte cher en fermeture d’usines et pertes d’emplois. Ses industriels n’ont commencé à tirer la sonnette d’alarme que tout dernièrement, c’est-à-dire après la fin des accords multi-fibres. Ce qui n’est pas le cas de nos textiliens qui, depuis longtemps, se plaignent. Que demandent-ils? Un allégement des charges allant jusqu’à 70%. Selon eux, seule cette mesure pourrait aider à booster la compétitivité de leurs produits.
Mais est-ce une solution? Ne feraient-ils pas mieux de mettre à niveau une industrie dont le profil n’a pas changé d’un iota depuis les années soixante-dix ? Nos industriels du textile sont même, tenez-vous bien, allés jusqu’à demander une dévaluation du dirham comme mesure ayant pour objectif de les aider à percer à l’international ! Doit-on dévaluer notre monnaie nationale pour un bout de tissu ? À entendre les industriels du textiles nationaux, il y va, selon eux, de la survie d’un secteur qui emploie près 200.000 Marocains. Mais ne s’agirait-il pas plutôt de la pérennité d’une marge de gains obtenus auprès du marché européen, premier débouché des produits marocains ? Une chose est sûre cependant: les produits marocains ou tunisiens n’intéressent plus les consommateurs européens. Les donneurs d’ordre ont suivi le mouvement. Même au sein de l’Europe, les gros contrats passent à l’Extrême-Orient. Les uniformes français par exemple passent mieux sous le fil des ouvrières chinoises qui, ne l’oublions pas, reviennent beaucoup moins cher. Et ce n’est pas pour déplaire à ceux qui les portent.
Comment faire alors pour concurrencer un géant qui donne du fil à retordre à l’Europe ? Par une mise à niveau de l’industrie du textile de nos pays. Dernière carte des autorités marocaines, l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Dans ce sens, et pour contrecarrer cette vague chinoise, les autorités gouvernementales invitent les entreprises européennes à investir massivement au Maroc pour partir à la conquête du marché de l’oncle Sam. Une manière d’investir qui, selon Rabat, permettrait aux industriels européens d’économiser jusqu’à 30 % des droits de douane pour pénétrer le marché américain. Le marché national présenterait également d’importantes niches à exploiter. Les grandes marques internationales franchisées au Maroc et dont les produits sont fabriqués localement deviennent de plus en plus nombreuses. Le Marocain, pour une fois, pourra s’habiller en « Made in Morocco ». Et tout le monde y gagnerait.

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