Cadrage : Subvention ou simple formulation ?

Le retour de l’indexation des prix des produits pétroliers à la pompe sur le cours du marché de Rotterdam est, sans contexte, une bonne nouvelle. En tout cas, elle l’est assurément pour le budget de l’Etat. Le lourd déficit de la Caisse de compensation connaîtrait, enfin, un ralentissement. Depuis la hausse fulgurante des prix du baril, l’Etat encaisse le coup, en lieu et place des clients, les moins nécessiteux y compris. 
Mais le temps de l’énergie est un temps long. D’indispensables réformes s’imposent. D’ailleurs le Conseil mondial de l’Energie recommande que le prix de l’énergie doit refléter son coût réel  et s’il y’a lieu de subventionner, il faut que la subvention soit strictement ciblée pour faire profiter seulement les entreprises performantes en vue d’améliorer leur compétitivité à l’export,  le transport collectif et les ménages à revenu modeste.
Ahmed Lahlimi, du temps où il était aux Affaires générales, avait pris la décision de geler le système d’indexation. Sa décision était plutôt motivée par la récupération des subventions affectées à certains produits pour les affecter au programme social de développement centralisé. Par contre, en lieu et place de l’indexation, Ahmed Lahlimi avait proposé au Conseil de gouvernement de fixer un prix (entre 24 et 28 dirhams) au-delà duquel il y aurait augmentation ou diminution automatique. Une idée étouffée dans l’œuf. Donc, les idées ne manquent pas, mais le courage politique de les mettre en application fait cruellement défaut.
Par contre, au-delà du mécanisme d’indexation lui-même, qui a d’ailleurs fait ses preuves, il est plutôt utile de zoomer sur la réalité du prix pratiqué à la pompe. A y regarder de près, l’argument de subvention n’est assurément pas vérifié. Il est même invoqué pour faire diversion! Le manque à gagner pour l’Etat est patent.
Prenons par exemple le prix du litre d’essence sans plomb. Il est aux alentours de 11 dh. Le prix du produit fini, partant du prix du baril brut (159 litres) qui a largement franchi le seuil des 50 dollars, en plus des frais du transport, les marges de raffinages et les droits de douanes, tourne autours des 3,5 dh ! la différence entre le prix à la pompe et le prix du produit raffiné n’est en fait composée que de taxes. Autrement dit, le prix réel du « baril » à la pompe est compris entre 120 et 150 dollars.
Par ailleurs, si l’argument de subvention pour le sucre, la farine et le gaz butane peut être recevable, pour les produits pétroliers à la pompe, les choses sont loin d’être  simples. Paradoxalement, vu sous cet angle,  le manque à gagner pour l’Etat, s’il revoit les taux des taxes prélevés,  serait bien conséquent. A moins de faire des choix…plus politiques ! 

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