Calme avant la tempête

Calme avant la tempête

Un véritable nuage tropical. L’affaire BNDE est restée toute l’année 2004 suspendue au-dessus de l’actualité économique comme un cumulo-nimbus qui ne veut ni disparaître ni se transformer en pluie. Éclairs et grondements de tonnerre se sont régulièrement succédé, rappelant à toutes les personnes physiques et morales impliquées dans ce scandale que le couperet de la justice n’est plus loin. Certains des mis en cause affichent le profil bas. D’autres, plus prévenant peut-être, sont en fuite.
Mais pas Farid Dellero. Bouc émissaire selon les uns, chef d’orchestre de toutes les malversations selon les autres, l’ex-président-directeur général de la banque a été rattrapé par la justice au courant de l’année 2004. Poursuivi pour détournement et dilapidation des deniers publics, l’homme risque gros.
Au fil des auditions et des comparutions, l’étau s’est resserré autour de ce Tétouanais plutôt de bonne famille, sexagénaire et dont le parcours académique, pour le moins honnête, mentionne un passage à l’ISCAE et un diplôme branche Scienes Eco obtenu à Madrid. A trop aimer la BNDE, Farid Dellero a sans doute confondu cette institution étatique avec sa propre maison.
Entre sa nomination à la présidence de la banque en 1994, événement qui sanctionne 18 ans de carrière et son départ précipité en 2001, beaucoup de choses se sont passées.
Au point que le manager a été contraint de jeter l’éponge en plein processus de rapprochement avec la BMAO (autre quincaillerie, autre affaire). Malgré l’état de la banque, une retraite heureuse semblait tendre les mains à M. Dellero.
C’était sans compter, cependant, avec les enquêtes de l’IGF. Depuis le 3 juin 2004, les choses se sont précipitées. Aujourd’hui, le pensionnaire de la prison civile de Salé n’a pas encore parlé. Exercice auquel la plupart de ses ex-collaborateurs se sont pliés. Des vieux retraités aux jeunes cadres encore en activité, on découvre soudain des actes héroïques tus jusque-là. Qui pour s’être opposés à telle signature, qui pour avoir refusé d’exécuter tels ordres.
Mais toutes ces révélations tardives relayées par la presse ressemblent fort à une tentative de se dédouaner. Car le scandale de la BNDE révèle les failles de tout un système. «On ne creuse pas tout seul un trou de 1, 187 milliards de dirhams», avance un fonctionnaire des Finances qui rappelle que ce montant représentait en 2001 le déficit de la banque. Au total, l’addition s’élève à 4 milliards de dirhams, soit la moitié de l’investissement consentie par Méditel pour acquérir la deuxième licence GSM.
L’audition de l’ex-P-dg, à la la cour d’appel de Rabat s’est déroulée le 27 décembre. Mais comme le rappelle les spécialistes, on n’est encore qu’au stade des «instructions préliminaires ». Parallèlement, tous les signes avant-coureurs d’une grande tempête sont visibles. La veille de l’audition, une liste de 282 noms circulait dans certains salons de Casablanca et de Rabat. Des fuites que d’aucuns ont imputé à l’Inspection générale des Finances.
Quelle que soit l’issue de l’affaire, le sort de la banque est déjà scellé. La BNDE continuera d’exister avec un siège adossé à la CDG et une activité réseau gérée par la Caisse nationale de crédit agricole (CNCA). Ce sont les ingrédients d’un plan de restructuration en bonne et due forme, approuvé par le Conseil d’administration qui a permis de hâter les choses. Au passage, quelques recettes classiques ont été appliquées dont l’annulation du capital social de la banque, environ 600 millions de dirhams, suivie dans la foulée par une augmentation du capital de l’entreprise de l’ordre de 300 millions de dirhams. Le tout bouclé en un temps record. Aujourd’hui, la BNDE retrouve des couleurs dans le giron.
La Primature, qui a piloté le dossier de la restructuration n’a pas tout de même réussi à éviter un scandale politico-financier. Les gros noeuds de l’affaire BNDE ne se dénoueront qu’en 2005. Dès les premières semaines de janvier, le juge d’instruction transmettra l’affaire à la troisième Chambre criminelle de la Cour d’appel de Rabat. Pour Dellero et ses acolytes, le bout du tunnel est encore loin.

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