juin 23, 2018

CEDEAO-Maroc : Les enjeux en chiffres

CEDEAO-Maroc : Les enjeux en chiffres

Opportunités, douanes, concurrence… l’analyse de la DEPF

L’analyse met en lumière des produits qui pourraient constituer des gisements d’opportunités pour le renforcement des relations commerciales entre le Maroc et l’organisation intergouvernementale ouest-africaine.

Les opportunités d’échanges commerciaux entre le Maroc et la CEDEAO sont non négligeables.C’est ce qui ressort d’un rapport exhaustif, non encore publié, baptisé «Echanges commerciaux entre le Maroc et la CEDEAO : opportunités par pays et par produit» de la Direction des études et des prévisions financières et l’Administration des douanes et impôts indirects. L’étude passe au peigne fin les opportunités commerciales offertes au Maroc et à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest dans un contexte de libre-échange entre les deux parties. Dans son analyse le ministère de l’économie et des finances s’appuie également sur quatre économies faisant partie de cette communauté régionale, à savoir le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal. Plus encore, elle met en lumière des produits qui pourraient constituer des gisements d’opportunités pour le renforcement des relations commerciales entre le Maroc et l’organisation intergouvernementale ouest-africaine.

Douane : A quoi il faut s’attendre

Zones de libre-échange, tarif extérieur commun, contraintes pour le Maroc… Le ministère élargit son analyse aux implications douanières de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO et pas seulement. Sous cet angle, les experts du MEF ont mis l’accent sur l’harmonisation et la coordination des politiques sectorielles dans une logique de création d’une zone de libre-échange. Ils se référent ainsi à tout ce qui en résulte, à savoir les droits de douane, de barrières non tarifaires et d’établissement «d’une Union douanière à l’égard des pays tiers et son corollaire l’établissement d’un tarif extérieur commun (TEC)», cite le rapport. Néanmoins, il s’avère que l’harmonisation des politiques commerciales suscite deux contraintes pour le Maroc. Il s’agit premièrement de l’alignement des positions et des traitements vis-à-vis des partenaires commerciaux communs, à savoir l’Union européenne. La deuxième contrainte relève des négociations. Selon l’étude, «la coordination du Maroc avec la CEDEAO s’imposerait; l’union douanière devant négocier en tant qu’un seul territoire. A ce niveau, les bénéfices à tirer des perspectives d’ouverture du Maroc vers d’autres partenaires à travers la conclusion de nouveaux engagements doivent être revus».

Opportunités commerciales : Place aux chiffres !

La complémentarité des échanges prime sur la concurrence et la marge à gagner reste importante. Pour preuve, près de 2,5% seulement des produits échangés entre le Maroc et la CEDEAO peuvent faire l’objet de concurrence, selon l’étude. En termes d’échanges commerciaux, le Maroc et la CEDEAO effectuent des échanges sur 4.349 produits. Plus représentatif, «pour 80,7% de ces produits, le Maroc et la CEDEAO en sont des importateurs nets, ce qui exclut d’emblée les possibilités de concurrence pour la majeure partie des produits». Ainsi, 11,6% des produits sont des spécialisations du Maroc et pour lesquelles la CEDEAO est un importateur net. Il en ressort des opportunités de complémentarité «non négligeables entre les deux parties». A l’identique, 5,2% des produits sont des spécialisations de la CEDEAO, ce qui constitue une opportunité de complémentarité pour la Communauté, puisque le Maroc en est importateur net, dévoile la même source. Plus globalement, les échanges commerciaux entre le Maroc et la CEDEAO ont atteint 10,3 milliards de dirhams en 2017, contre 1,5 milliard de dirhams en 2000 poursuivant ainsi leur tendance haussière. Au niveau des exportations marocaines, elles sont passées de 2,8 milliards de dirhams en 2008 à 9,4 milliards en 2017. Par ailleurs, les importations marocaines en provenance de cette région de l’Afrique ont augmenté jusqu’en 2011 pour s’établir à 2,7 milliards de dirhams.
Elles se sont inscrites en baisse pour s’établir à 0,8 milliard de dirhams en 2017. A en croire les statistiques dévoilées par le MEF dans son rapport, le solde commercial est globalement excédentaire en faveur du Maroc avec plus de 8,5 milliards dirhams en 2017, après seulement 0,2 milliard en 2000.

Les engrais représentent 19,5% des exportations vers la CEDEAO

A en croire les données du ministère, les exportations par produit du Maroc vers la zone sont composées principalement des «engrais», soit 19,5% des exportations marocaines vers la CEDEAO en moyenne sur la période 2010-2017, puis des «poissons, crustacés, mollusques préparés ou conservés», soit 13,6%. Ensuite des «huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux», à savoir 10,4% des exportations vers cette partie du continent. Ainsi, la part des engrais a atteint 30% en 2017, attribuée à la mise en place, par le Groupe OCP en 2014, d’une ligne de production dédiée au marché africain pour accompagner les perspectives de développement du secteur agricole de l’Afrique. A titre illustratif, les exportations marocaines d’engrais vers la Côte d’Ivoire ont été multipliées par 8 entre 2014 et 2015.

Dans cette optique, le Sénégal est le premier client du Maroc, avec 21,7% du total des exportations marocaines vers cette zone, suivi de la Côte d’Ivoire (15,6%), du Nigeria (14,1%) et du Ghana (10,9%), indique l’étude. Par produit, la part de la CEDEAO dans les importations marocaines totales ne dépasse pas 0,8% en moyenne au cours de la période 2010-2017. Par pays, le Nigeria est le principal fournisseur du Maroc avec près de 61% des importations marocaines en provenance de la région. Plus exactement, ces importations sont constituées à hauteur de 41% de propane et butane liquéfiés, d’aliments pour animaux (13,4%), de café et succédanés de café (12,7%), d’éléments chimiques inorganiques (4,6%) et du coton (4%), selon le rapport.

Spécialisations du Maroc sur le marché de la CEDEAO : Les produits à fort potentiel

Habillement, engrais, équipement pour distribution d’électricité… Dans son analyse le MEF a également passé au crible une sélection de produits caractérisés par leur forte spécialisation au Maroc et par les opportunités qu’ils représentent pour le pays. Ainsi, les produits du textile et habillement constituent un marché porteur pour le pays. Et pour cause, ils sont caractérisés par une importante dynamique des importations de la CEDEAO. En termes de chiffres, la part de marché détenue par le Maroc sur ce segment est faible, ne dépassant pas 0,3% dans les meilleurs cas, explique le document. Dans ce cadre, les principaux fournisseurs du marché de la CEDEAO pour ces produits sont la Chine et l’Inde. «En cas d’adhésion du Maroc à la CEDEAO, la suppression des droits à l’importation, fixés actuellement à 20%, serait de nature à impulser les exportations marocaines de ses produits et à améliorer, par ricochet, la part sur le marché de la Communauté», précise le rapport.

Autres produits, les chaussures. Pour le MEF, ce marché présente une opportunité pour le Maroc dans la mesure où le pays y est quasi absent avec une part de 0,9% seulement. Idem pour l’habillement et le textile, la Chine est le principal fournisseur de la CEDEAO avec une part de 86%. Dans cette perspective, le MEF explique qu’en cas de suppression des droits de douane appliqués sur les importations de chaussures en provenance du Maroc, établis actuellement à 15% en moyenne, cela contribuerait à améliorer la part du Maroc sur ce marché. Quant aux «engrais», le Maroc reste le premier fournisseur de la région avec une part de 32%, suivi de la Russie (11,6%).

Les tarifs douaniers appliqués sur ce produit, composé de 21 lignes tarifaires, se situent entre 0 et 5%, avec une moyenne de 1,2%. S’agissant des produits «Équipement pour distribution de l’électricité», le Maroc est présent sur le marché de la CEDEAO avec une part de 6,2%. Dans ce sens, les principaux fournisseurs de ce produit sont la Chine avec une part de 40%, suivie de l’Inde (7%). Ainsi, «la part du Maroc pourrait être améliorée, notamment dans un contexte de spécialisation accrue du Maroc et de suppression de droits de douane prévue à l’issue d’une éventuelle adhésion à la CEDEAO. En effet, les tarifs douaniers appliqués sur ces produits composés de 15 lignes tarifaires se situent entre 5 et 20% avec une moyenne de 12,3%», précise la même source. Enfin, le Maroc a également une marge à prendre. Dans cette perspective, les «légumes, frais, réfrigérés, conservés, séchés» offrent un potentiel à l’export pour le Maroc. La part du pays sur le marché de la CEDEAO pour ces produits reste encore faible (3,6%).

Les experts du ministère de l’économie et des finances expliquent que la CEDEAO importe notamment des légumes comme les pommes de terre, les oignons, les carottes, les navets, la tomate et les betteraves. En termes d’approvisionnement, le marché de la CEDEAO des légumes est axé principalement sur les Pays-Bas avec 55% des importations de la région, suivis de la Chine (13%). Sur le plan tarifaire, la suppression des droits de douane, prévue en cas d’adhésion du Maroc à la CEDEAO, contribuerait à l’amélioration de la présence marocaine sur ce marché, indique la même source. Plus encore, le rapport souligne que les tarifs douaniers appliqués actuellement se situent entre 5 et 35% avec une moyenne de 17,2%.

Dans le même sens, la suppression des tarifs douaniers appliqués sur les «préparations et conserves de légumes» (entre 10 et 35%) pourrait améliorer l’accès de ces produits au marché de la CEDEAO dans la mesure où le Maroc ne détient que 0,3% de part de ce marché.

A cet égard, le pays gagnerait à valoriser sa production agricole à travers notamment la stratégie de développement de l’industrie agroalimentaire, tout en s’adaptant à la demande des pays de la CEDEAO. Autre marché cité par le rapport, celui des «fromages». En effet, il constitue un marché dynamique, avec un taux de croissance annuel moyen de 2% des importations de la CEDEAO. La France reste le premier fournisseur de la région avec une part de 46%, suivie du Maroc avec une part de 18%. Pour le MEF, ce potentiel pourrait se renforcer dans un contexte de levée de barrières tarifaires fixées actuellement à 20%, et d’amélioration de l’offre exportable du Maroc, dans le cadre du Plan Maroc Vert. Une autre opportunité réside dans le marché des «poissons frais, vivants ou morts, réfrigérés ou congelés». Ces produits ne représentent que 1,1% des importations totales de la CEDEAO et le Maroc ne détient que seulement 4% de ce marché. Les taux des droits de douane appliqués sur les produits en provenance du Maroc varient entre 5 et 20%, avec une moyenne de 12,8%. Par ailleurs, le Maroc est fortement présent sur le marché de la CEDEAO dans les «préparations ou conserves de poisson». «C’est le second fournisseur de la région avec une part de 38%, juste après la Chine (39%)», indique le rapport. Avec la suppression des tarifs douaniers, fixés actuellement en moyenne à 19,7%, cela contribuerait à l’amélioration de la part de marché du Maroc compte tenu entre autres de la dynamique des importations de la région (TCAM de 5%).

Enfin, «le marché de l’automobile de la CEDEAO recèle des gisements d’opportunités pour le Maroc», précise le rapport. La part du Maroc ne dépasse pas 0,2% des importations d’automobiles de la CEDEAO. Une situation qui pourrait s’améliorer avec la levée des tarifs douaniers établis actuellement à 10,2% en moyenne et permettrait de renforcer la part du Maroc sur ce marché.

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