Ces repos biologiques qui fâchent

Les toutes dernières mesures du ministère de la Pêche, prises en parfaite coordination avec les opérateurs, rappelle-t-on de ce département, ont du mal à convaincre. Pourtant tous sont unanimes de l’urgence de la situation, à savoir sauver les ressources halieutiques. Les chiffres ne laissent en effet aucune place au doute : la production nationale de la pêche côtière et artisanale a enregistré sur le premier semestre, une diminution de 13% en valeur malgré une augmentation de 6% en volume. Selon une note de conjoncture de l’Office national de la pêche (ONP), cette baisse est due principalement à la chute des débarquements des céphalopodes, groupe d’espèces à haute valeur commerciale. Face à la situation, les mesures destinées à protéger ces céphalopodes, menacées de disparition par une sur pêche intense, sont diversement appréciées. «Le ministère s’attaque aux effets et non aux causes», déclare un industriel à Dakhla pour qui, il n’y a pas une politique claire de la gestion des ressources : «Le prolongement des arrêts biologiques n’est pas la solution, il faut aller au-delà, revoir par exemple le plan d’aménagement dont les détails d’application ont échoué». Et de s’appuyer sur des chiffres, souvent alarmants: «Chaque jour, environ 2000 à 3000 tonnes sont rejetées en mer par les bateaux qui pratiquent une pêche sélective. Au-delà du fait que cela constitue un véritable gâchis, c’est aussi un véritable problème environnemental». Face à cette situation, un simple prolongement des repos biologiques, passe pour un palliatif. Il faut attaquer les moyens de pêche. Certains matériels du genre de ceux utilisés par les chalutiers, racleurs de fonds marins par excellence, sont nocifs. Il en est de même de certaines méthodes de la pêche artisanale dont d’ailleurs l’impact est difficile à évaluer vu l’impossibilité chronique de déterminer le nombre exact d’opérateurs. «Chaque jour, la pêche côtière consacre l’essentiel de ces captures, 40 à 50 tonnes d’après les estimations, à la farine de poisson. A ce niveau, pourquoi le ministère n’essaye pas de limiter les pêcheurs à la palangre ?» s’insurge un armateur à Agadir. La chute de la valeur des captures affecte toute la filière, y compris les industries de transformation «Pour nous, plus que toute autre décision ministérielle, c’est la pression des intermédiaires qui nous est le plus difficile. L’écart énorme entre le prix d’achat et le prix de vente est à notre charge», se plaint un propriétaire d’une usine de transformation qui appelle à une refonte complète des règles du marché des poissons au Maroc. Pour le moment, face aux nombreuses réserves et critiques des professionnels qui menacent de licencier, le ministère est sorti enfin de son mutisme, en rappelant l’esprit de sa démarche basée sur le dialogue et la concertation. «Le stock céphalopodier a connu une dégradation proche de l’effondrement à cause de l’évolution des conditions hydro-climatiques et de la surexploitation à laquelle a été soumise la ressource». La dégradation du stock des poulpes a d’ailleurs été confirmée par les rapports scientifiques émanant de l’Institut National des Recherches Halieutiques (INRH). «Il faut, comme l’indique le ministère, privilégier le fondamental, le moyen et long termes, au détriment de l’accessoire et du très court terme». Mais si la plupart des professionnels partagent l’avis du ministère sur la nécessité de la prise de mesures efficaces pour protèger les ressources, il y a surtout la question de l’impact de ces arrêts biologiques sur les pêcheries qui n’a pas été prise en compte. «De la même manière que l’on a adopté des prolongements du repos biologiques, il faudrait penser à baisser les taxes et à encourager concrètement certains types de pêche au détriment d’autres, et surtout décourager les exportations de congelés qui ne présentent aucune valeur ajoutée». Autant de suggestions qui seront peut-être prises en compte par le ministère. Quoi qu’il en soit, le Maroc accuse un énorme retard en matière de valorisation de la ressource. Car en définitive, protéger les ressources c’est d’abord mettre en place une bonne politique d’exportation à forte valeur ajoutée. Ce qui est loin d’être le cas actuellement : l’essentiel des exportations marocaines sont constituées de congelés, c’est-à-dire de la matière première faiblement conditionnée, bien loin de la valorisation prônée à hue et à dia.

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