Charafat Afilal : «48 millions de dirhams pour assurer l’approvisionnement en eau potable»

Charafat Afilal : «48 millions de dirhams pour assurer l’approvisionnement en eau potable»

Entretien avec Charafat Afilal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, chargée de l’eau

Malheureusement, nous capitalisons toujours le déficit de l’année précédente et qui varie entre 40 à 80% selon les régions. Le taux de remplissage des barrages au niveau national est actuellement de 44,5% contre 50% l’année précédente.

ALM : Certaines zones sont menacées de pénurie d’eau. Comment expliquez-vous cela et comment procédez-vous pour contrer cette situation qui devient de plus en plus fréquente ?

Charafat Afilal : En effet, nous observons des perturbations dans certaines zones mais qui restent tout de même limitées. Cela est dû à la baisse en été de la productivité des ressources alimentant certains centres. Pour remédier à cela, nous avons engagé un plan d’action urgent pour y faire face. Les grands axes portent sur le renforcement des recours à l’exploitation des ressources souterraines. Pour ce faire, nous avons mobilisé un budget conséquent, soit 48 millions de dirhams, auquel notre département contribue à hauteur de 28 millions de dirhams. Les agences hydrauliques injectent pour leur part 20 millions de dirhams. Ce dispositif s’ajoutera au plan d’action engagé par le Fonds de développement rural pour desservir les communes par les camions citernes. De même des projets structurants verront le jour d’ici 2018 et qui seront menés par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). Il est utile de souligner que la crise de soif dont tout le monde parle n’est pas liée en grande partie au manque de ressources mais à des facteurs externes.

Quels sont donc ces facteurs ?

Il s’agit principalement de la réticence de la population. Nombreux sont ceux qui refusent de payer les frais de branchement. L’opposition de la population freine en quelque sorte la dynamique des projets menés. Les ingénieurs et techniciens sur le chantier n’ont ni l’habitude ni l’habilité de négocier avec les habitants. Au lieu de leur faire comprendre que c’est un projet de service public, ils se retirent laissant les travaux en suspens. Du coup on avait besoin de quelqu’un pour faire de la médiation. C’est dans ce sens que nous œuvrons lors de nos visites actuelles à rétablir la confiance et inciter les communes et élus à jouer leur rôle à travers l’encadrement et la sensibilisation de la population. Nous leur expliquons que les retombées de ces projets sur le développement humain dans les régions ont un impact positif. Grâce à cette mobilisation nous réussirons à accélérer la cadence et le rythme des travaux.
Justement, vous préparez une visite de terrain à Azilal. Dressez-nous le bilan d’étape de cette tournée régionale…
Au fait cette tournée a démarré spontanément dans la région de l’Oriental compte tenu de la situation déficitaire du bassin de Melouya. On a été sollicités par la suite par des parlementaires, autorités locales et gouverneurs des autres régions que nous avons visitées. Ces visites nous permettent de communiquer autour de la problématique de la rareté de l’eau et de la perturbation que connaissent certains centres en termes d’approvisionnement en eau potable. C’est ainsi que nous nous sommes rendus dans la région d’Ouazzane-Chefchaouen, actuellement Azilal et la semaine prochaine à Sefrou. Ces rencontres nous permettent de sortir avec un plan d’action défini qui permet à chaque partie d’assumer la responsabilité des prérogatives qui lui sont dévouées. L’ONEE s’occupe selon le besoin identifié de tout ce qui est branchement et travaux de traitement de l’eau potable. Le département de l’intérieur se charge pour sa part de l’attribution des budgets aux communes bénéficiaires pour la mobilisation des camions-citernes. Quant à notre département, nous nous penchons sur tout ce qui concerne la prospection souterraine, la construction des barrages et le renforcement des infrastructures existantes.

Quelles sont les étapes qui vous ont jusque-là marquée ?

Je citerais en premier l’étape d’Ouazzane qui a eu un retour très positif. La zone qui est limitrophe au plus grand aménagement hydraulique à l’échelle nationale qui est le barrage d’El Wahda et qui dispose actuellement de 1,8 milliard de mètres cubes stockés. Et pourtant la population est très mal desservie en eau potable. Le projet piétine depuis plus de dix ans. Grâce à notre visite nous avons réussi à lever les obstacles et procédé à la reprise des travaux et qui aboutiront à une généralisation de l’eau potable dans la région d’ici 2018. La réunion de Chefcahouen a également été très fructueuse malgré la difficulté dans la région qui souffre vraiment d’un manque d’eau principalement des ressources souterraines. Nous sommes sortis avec un plan d’action prometteur qui consiste à élaborer un schéma directeur pour valoriser les eaux de pluie. C’est une région qui est très bien arrosée, d’où l’urgence de mettre en place des infrastructures importantes pour valoriser les eaux de pluie et les stocker pour les exploiter par la suite. Nous comptons également aménager quelques barrages communautaires. Le premier démarrera en 2018.

A-t-on pu combler le déficit des barrages sachant que cette année était plus pluvieuse que sa précédente ?

Malheureusement, nous capitalisons toujours le déficit de l’année précédente et qui varie entre 40 à 80% selon les régions. En dépit de la bonne pluviométrie, nous n’avons pas réussi à équilibrer le remplissage des barrages dans certaines zones telles que Melouya où le constat est critique vu que cette zone a cumulé 4 ans de déficit successif. Le taux de remplissage des barrages au niveau national est actuellement de 44,5% contre 50% l’année précédente.

Comment comptez-vous procéder dans ce sens ?

L’urgence est de restreindre l’irrigation des arbres fruitiers dans certaines zones et garantir l’accès à l’eau potable. C’est notre première priorité. Nous saluons à cet égard la contribution des agriculteurs qui ont coopéré avec nous malgré ce contexte difficile.

Qu’en est-il de la dynamique du partenariat public-privé dans le secteur?

En effet, nous sommes appelés à chercher des fonds ailleurs. Les finances publiques ne peuvent couvrir l’ensemble de nos projets dans les temps impartis. Nous sommes actuellement en train d’étudier avec le ministère des finances pour encourager le recours au capital privé pour financer les grandes infrastructures hydrauliques, en l’occurrence barrages, stations de dessalement ou équipements hydroagricoles.

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