Chômage : Accorder les violons rapidement et forcer le consensus !

Chômage : Accorder les violons rapidement et forcer  le consensus !

«Le coût social de la crise : quelles mesures prendre pour une protection sociale et un développement humain durable ?». La Chambre de commerce britannique, organisatrice de l’événement, a souhaité rappeler les urgences en temps de crise et remettre sur le tapis un sujet qui interpelle et surtout qui confirme la conjoncture économique réelle du pays.
Jamal Belahrach, intervenant principal puisque représentant le patronat marocain, ne manquera pas de souligner que l’événement permet déjà d’admettre clairement que la crise est bien réelle. «Le fait d’admettre représente un grand pas en avant».
L’état d’urgence a été décrété mais les mesures tardent à être mises en œuvre. Et pour cause : la recherche d’un consensus entre toutes les parties prenantes au vaste programme que représente, le droit au travail ainsi que ses déclinaisons.
Mme Boutaina Falsy, directrice de la protection des travailleurs et représentant le ministère de tutelle –en l’absence de son ministre – justifiera, en effet, le grand retard pris dans la mise en place des séries de mesures par cette condition sine qua none à trouver d’abord un consensus entre les différentes parties pour que le travail technique puisse s’effectuer aisément…
Un argument qui ne trouvera cependant pas de consensus dans la salle. «Il nous a fallu 10 ans pour passer des amendements. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous offrir le luxe d’arriver à des consensus», rappelle, à juste titre, M Belahrach, président de la commission emploi et relations sociales.
Les visions semblent différentes même si ce besoin de consensus a mené le patronat à changer d’atitude radicale quant à sa démarche pour faire passer ses propositions. Travailler avec les partenaires sociaux s’imposait ipso facto. «Les discussions sont devenues constructives avec les 5 centrales syndicales car elles, aussi, ont changé de culture», atteste le porte parole de la CGEM. Et pourtant, il aura fallu près de dix ans pour que l’Etat mette en place l’indemnité pour perte d’emploi. Pour rappel, l’IPE avait été proposé en 2004 par le CJD (Conseil des jeunes dirigeants).
«La question est de savoir pourquoi le temps politique n’est pas celui de l’économique», selon Jamal Belahrach. Les faits sont têtus. Car pour l’heure, sur les 20 mesures proposées en 2011 par la CGEM pour améliorer l’employabilité au Maroc, 2 seulement ont été retenues…
L’évaluation faite par le ministère lui-même sur l’Anapec visant à la reconversion des diplômés chômeurs et leur accompagnement jusqu’à l’immersion dans le monde du travail a démontré les limites dudit organe.
«L’Anapec   a institutionnalisé la précarité de l’emploi. Le dispositif proposé par le ministère n’est pas le bon», s’insurge Jamal Belahrach.
Les avis divergent. Du côté du ministère, la raison justifiant la persistance du chômage serait liée, plutôt, à une incapacité d’absorption du marché de l’emploi compte tenu du ralentissement de la croissance économique.
«La moyenne annuelle des emplois entre la période 2000-2005 s’est située à 157.000 emplois alors qu’elle est passée de 97.000 durant la période 2006-2012», explique à juste titre Samir Ajaraam, chef de division de la promotion de l’emploi. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 16,4% des jeunes diplômés âgés entre 25 et 34 ans ne trouvent pas d’emploi. Cet indicateur vire encore plus au rouge pour la tranche comprise entre 15 et 24 ans et affiche dans la cartographie du chômage le chiffre alarmant de18,6%…
En tout, 1.038.000 chômeurs dont 29,1% représentent des femmes. Pire, le chômage s’inscrit dans la longue durée.
Face à ce dilemme, l’instauration de l’IPE signe l’engagement de l’Etat à hauteur de 500 MDH acté dans la prochaine loi de Finances pour accompagner les personnes qui ont perdu leur emploi durant six mois.
L’accompagnement pour réintégrer rapidement le marché du travail serait, ainsi, prévu dans le nouveau dispositif.
Toujours est-il que l’Etat gagnerait à appuyer sur le champignon pour accélérer le processus global qui vise à mettre en place une véritable stratégie nationale en matière d’emploi de telle sorte à avoir davantage de visibilité en situation de crise.
Le Maroc a pêché dans sa démarche à pratiquer la politique d’autruche et ignorer l’impact de la crise sur ses propres ressources que représente le capital humain. La principale ressource au cœur du système productif.
«C’est au moment de la croissance que nous devons préparer les crises. Au moment de la crise, il est trop tard pour que les salariés se mobilisent. Car l’humain est au cœur de tous les dispositifs», atteste, de son côté, Essaid Bellal, directeur gérant du cabinet Diorh.   

Les recommandations de l’expert parlent d’elles-mêmes. Six critères fondamentaux ont été exposés pour que les ondes de choc de la crise ne mettent pas dans le chaos l’entreprise : vision, valeurs, communication, transparence, formation et innovation.

La formation ayant été identifiée comme étant un fondement de la sortie de crise… «Et ce sont les patrons qui doivent suivre les formations pour être outillés à surpasser la crise. Malheureusement, la démarche n’est pas entreprise au Maroc», déplore M. Bellal.

Pour les chefs d’entreprises, la formation serait en effet plus une perte d’argent et d’énergie plutôt qu’un retour d’investissement bénéfique pour l’ensemble des équipes.
Toujours est-il que l’engouement pour de nouvelles techniques notamment l’hypnose, le yoga, le coaching rappelle que la prise de conscience est réelle mais le chemin pour atteindre la PME est encore sinueux. Le tissu économique représenté par plus de 80% de PME rend difficile, en effet, l’exercice par la fragilité financière due à la taille des structures.

La logique de consortium en la matière représenterait une option pour encourager les chefs d’entreprises soucieux de leur finance dans la mutualisation de certains coûts, précisément dans le domaine de la formation.
L’Etat devrait s’y mettre aussi pour suivre les évolutions rapides de l’économie. Car il en va de l’équilibre de toute une société.

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