Comader : L’âge de la maturité

Comader : L’âge de la maturité

Entretien exclusif avec Ahmed Ouayach, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et de développement rural

Les interprofessions agricoles fêtent les 10 ans de Comader. Les célébrations se sont faites en grande pompe, lundi 4 juillet, à Casablanca, commémorant ainsi une décennie de rendement au service du secteur agricole et développement rural. La décennie a été riche en événements et surtout en transition.  Ahmed Ouayach, se livre à ALM et énumère les actions engagées par la Comader.

ALM : La Comader souffle aujourd’hui sa 10ème bougie. Quel bilan faites-vous de cette première décennie ?

Ahmed Ouayach : Avant d’analyser cette très riche décennie, il faut d’abord remonter loin dans l’histoire de la Comader. La Confédération a vu le jour lors de la campagne 2004-2005. Cette saison a malheureusement été marquée par beaucoup d’événements climatiques tels que le gel, les inondations, la sécheresse et les attaques acridiennes. C’est une année aussi où les agriculteurs ont senti une frustration, voire une sorte d’abandon. L’environnement politique de l’époque a également été l’un des facteurs qui ont contribué à la création de cette organisation. Citons dans ce sens la volonté Royale de mettre en place une nouvelle orientation de la politique agricole ainsi que le rapport général du cinquantenaire qui a présenté une analyse sans complaisance de l’agriculture marocaine. Ce rapport a révélé que l’élément humain est oublié dans toutes les politiques publiques et surtout au niveau de l’agriculture. Toutes ces circonstances ont poussé un collectif d’une quarantaine d’associations à se regrouper pour créer ce qu’on nomme aujourd’hui la Confédération marocaine de l’agriculture et de développement rural (Comader).

Au fil des ans, votre organisation a connu un grand saut structurel. Comment avez-vous assuré cette transition ?

En effet, nous étions au départ un mouvement purement syndical avec des revendications très fortes telles que la rentabilité de l’agriculture. Nous demandions une stratégie agricole ainsi qu’une organisation interprofessionnelle et une feuille de route comme c’était le cas à l’époque pour l’industrie et surtout le tourisme. L’avènement du Plan Maroc Vert a été une étape marquante de notre histoire. Nous nous sommes transformés, après mûre réflexion, en partenaire fidèle et fiable des pouvoirs publics. Ce qui nous a permis de mener à bien, dans un cadre public-privé, cette réforme agricole tant attendue. Nous nous sommes ainsi engagés dans un processus long. C’est là où nous avons réalisé énormément de choses. Nous étions l’opérateur principal pour ne pas dire l’unique des pouvoirs publics. Nous faisons partie du comité de pilotage avec le ministère de l’agriculture et les autres membres du gouvernement d’abord pour élaborer le Plan Maroc Vert et le décliner sous forme de plan d’actions à la fois par filière et par région. Cette collaboration a abouti à la création de plus d’une trentaine d’associations et à l’élaboration d’une bonne conception des contrats programmes dont nous assurons le suivi dans le cadre d’un comité de pilotage avec le ministère de l’agriculture.

Quels sont les principaux chantiers que vous avez ouverts en ces dix ans ?

Nous avons accompagné de grands chantiers. Nous avons fait partie de tous les comités de pilotage des grands dossiers comme la fiscalité, le plan comptable, les assurances, le développement agricole, la gestion de l’eau, etc. Nous avons bien agi et avons marqué notre présence par notre force de proposition largement appréciée par les pouvoirs publics. Nous travaillons sur une vingtaine de dossiers transversaux comme les accords de libre-échange, l’encadrement et la recherche et développement. Nous travaillons également sur les filiales qui ont des problématiques extrêmement importantes.

Il est utile de souligner que nous nous sommes qu’à notre début. L’heure étant de mettre en place des instruments d’évaluation pour savoir où nous en sommes en termes de production, d’offre exportable, d’amélioration de revenus, de compétitivité et de développement durable… autant de questions qui se posent et de chantiers qui vont s’ouvrir.

Que représente pour vous la loi n°03-12 ?

Je dirais qu’il s’agit pratiquement d’une grande mutation, voire une révolution au niveau associatif. Grâce à ce texte de loi, le rôle de la Comader et ses composantes va être renforcé. Nous allons à terme être les délégataires des pouvoirs publics que cela soit au niveau de la gestion des marchés ou au niveau de l’encadrement. Cette loi, qui est actuellement entrée en vigueur, permet en quelque sorte de professionnaliser le mouvement associatif agricole et le mettre à l’abri de la politique.

agriculture

Quels sont les grands défis à relever par la Comader ?

La relève figure parmi les grands défis à relever. Il faut assurer rapidement l’arrivée d’une nouvelle génération de managers au secteur agricole. Elle existe, certes, au niveau du commerce et de l’industrie mais nous manquons de ressources dans le secteur de l’agriculture. Il faut chercher donc des gens qui vont être engagés. Il y a de grandes valeurs qui malheureusement ont toujours peur du mouvement associatif vu qu’au passé il était mal organisé, politisé et syndicalisé. Nous souhaitons sincèrement que nos jeunes s’engagent dans cette dynamique agricole, et ce compte tenu des défis qui nous attendent, en l’occurrence la préservation des accords de libre-échange, les changements climatiques, la pénurie de l’eau et la rentabilité de l’agriculture.

Où en est le développement rural dans vos actions ?

Nous avons créé une commission qui va s’occuper de la régionalisation et du développement rural. Certes, nous avons concentré nos efforts en premier sur le développement qui est incontestablement l’une des composantes principales du développement rural. Sans agriculture il n’y a pas de développement rural et vice versa. La régionalisation et le développement rural sont deux choses extrêmement liées.
Le Plan Maroc Vert ne peut connaître une efficacité sur le terrain s’il n‘y a pas une véritable approche régionale et une véritable politique de proximité. Cela ne peut se faire que dans le cadre d’une régionalisation avancée dont nous attendons impatiemment la mise en place. Le secteur de l’agriculture est le secteur qui va profiter le plus de la régionalisation avancée. N’oublions pas que l’agriculture constitue l’essentiel de l’économie rurale. L’agriculture offre aujourd’hui un gisement de 40% d’emploi au niveau national et de 80% au niveau local. Il faut maintenir cette activité qui est nécessaire pour lutter contre l’exode rural mais il est obligatoire également de diversifier les activités au niveau rural en développant de nouveaux métiers liés à l’écosystème agricole et pourquoi pas développer l’écotourisme pour enrichir et dynamiser l’emploi dans les zones rurales.

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