Comment IAM a coiffé France Télécom au poteau

Comment IAM a coiffé France Télécom au poteau

Les jeux étaient pratiquement faits depuis le 5 décembre 2006. Ce jour-là, cinq des sept prétendants à la reprise de l’opérateur historique des télécommunications du Burkina Faso, ont été recalés. Ne restaient alors que Maroc Telecom et France Télécom, tous deux qualifiés pour poursuivre les négociations avec l’Etat du Burkina Faso, conseillé au plus haut niveau par un consortium formé de Rotschild & Cie (France), du cabinet d’avocats Landwell & Associés ainsi que de la Banque internationale du Burkina (BIB). Dans son offre, l’opérateur français présentait une valorisation fortement en deçà de celle de Maroc Telecom. «75 millions d’euros séparaient les deux candidats», déclare à ALM Seydou Bouda, ministre burkinabé de l’Economie et du Développement, pour qui aucune concession n’a été faite à la transparence.
Aussi, tout au long de l’intervalle séparant la date d’ouverture des plis et celle de l’adjudication finale, soit le 29 décembre 2006, France Télécom a cherché à rattraper son retard. Une ultime offre financière équivalente à celle de Maroc Telecom (220 millions d’euros) aurait été officieusement présentée aux autorités du Burkina Faso. En vain. Car, sur le fond, l’offre technique de Maroc Telecom et l’engagement d’investissements avaient été jugées plus solides. Pourtant, les négociations ne furent pas faciles. Ce n’est en tout cas pas Janie Letrot, directrice de la réglementation, de la communication et du développement international, membre du directoire de Maroc Telecom et l’un des négociateurs dans cette l’opération, qui dira le contraire.
Quand le Falcon 900 transportant le P-dg de Maroc Telecom, Abdeslam Ahizoune et tous les membres du directoire de l’entreprise, s’est posé sur l’aéroport international de Ouagadougou, le 28 décembre aux alentours de 16 heures, quelques points étaient encore en suspens. Le conseil des ministres burkinabés qui était en réunion ce jour-là, s’accrochait encore à certaines clauses. En particulier, la clause de résiliation du contrat, «qui peut intervenir à tout moment» sur demande de l’Etat, selon la première mouture du cahier des charges. De même, les autorités voulaient s’assurer que la privatisation ne rime pas avec un programme massif de départs volontaires. L’Onatel cumule 1.200 employés à travers 21 agences. Le personnel a finalement obtenu 6% du capital en sa faveur dans le schéma final retenu.
Dernier point en négociation, l’établissement d’un pacte d’actionnaire, jugé superflu par l’Etat du Burkina Faso en arguant des dispositions communautaires dans le cadre de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). De l’autre côté, le pacte est jugé indispensable pour les négociateurs marocains conseillés pour l’occasion par la banque HSBC (volet financier) et, pour le juridique, par les cabinets Aramis et Baadhio. Les négociateurs de Maroc Telecom obtiendront en fin de compte l’accord de principe pour une future fusion entre Onatel et Telmob, sa filiale mobile, détentrice de 40% d’un marché où l’on retrouve aussi Celtel (MTC-Koweit) et Telecel (Emirats). Ce schéma diffère nettement de celui de Mauritel où la séparation entre l’activité du fixe et du mobile rend les exercices bilantiels compliqués. Ces différents obstacles écartés, les deux partenaires pouvaient enfin célébrer leur union officielle. Ce sera chose faite dans la matinée du 29 décembre 2006, en présence de plusieurs officiels burkinabés et sous le haut patronage du Premier ministre, Paramanga Ernest Yonli. Dans le détail, Maroc Telecom s’adjuge 51% de l’ensemble ONATEL-Telmob pour 220 millions d’euros (2,2 milliards de dirhams). Pour le reste, la deuxième phase de la privatisation concernera l’octroi de 20% des actions à l’actionnariat public national ou sous-régional et 6% au personnel. Cette séquence interviendra courant de année 2007. Entre-temps, comme l’a déclaré Abdeslam Ahizoune dans son discours très applaudi, Maroc Telecom, devenu en moins de deux années le premier opérateur africain par le nombre d’accès Internet haut débit, aura jeté les bases de son plan de développement des services Internet, en particulier via l’ADSL et sa politique d’offres vis-à-vis des ménages et des entreprises. Cette prise de participation ouvre à Maroc Telecom la route du Sahel et de l’Afrique profonde. Le Niger et le Gabon sont sur la liste des prochaines conquêtes.

DNES à Ouagadougou

ONATEL : fiche technique

L’Onatel a réalisé avec sa filiale, Telmob, un chiffre d’affaires de 103 millions d’euros en 2005. L’entreprise compte à fin décembre 2006 un parc de plus de 400.000 clients du mobile, soit une part de marché de 39%, et de plus de 100.000 clients du fixe, précise l’Onatel. Le marché est prometteur avec un taux de pénétration estimé à fin 2006 à 8% pour les mobiles et à 0,8% pour le fixe.

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