Compétitivité : Le Maroc est en retard

Compétitivité :  Le Maroc est en retard

Entre défis de la qualité, diversification des produits et prospection de nouveaux marchés

Le profil des exportations marocaines sur les cinq dernières années fait ressortir le poids croissant des produits champions, qui sont des produits dynamiques.

La compétitivité du Maroc est désormais sous les feux de la rampe. En effet, dans un contexte macroéconomique favorable, l’ouverture de notre économie a permis de réaliser des avancées significatives en matière de renforcement des échanges, d’attraction des investissements directs étrangers et de modernisation du tissu productif national. Cependant, elle a mis à rude épreuve la capacité du pays à atteindre le niveau adéquat pour affronter la concurrence mondiale et ce, en raison de la persistance de plusieurs fragilités structurelles.

C’est dans ce contexte que la Direction des études et des prévisions financières, relevant du ministère de l’économie et des finances, s’est essayé à explorer le potentiel d’exportation de l’économie nationale, sa compétitivité et les enjeux posés en termes de prix, de qualité, d’emploi et de marges intensives et extensives. A la faveur d’approches méthodologiques rénovées, quatre angles d’analyse ont été privilégiés. Le premier est une analyse de la compétitivité structurelle du Maroc à travers la méthode «Constant market share analysis», le second concerne la compétitivité hors prix des exportations marocaines avec une esquisse de la qualité des produits des secteurs phares, le troisième est relatif aux marges intensives et extensives des exportations marocaines et, enfin, le quatrième est une balance en emplois des échanges extérieurs. Les résultats de ces quatre approches ont été livrés dans le cadre d’une étude intitulée «Décomposition de la compétitivité structurelle du Maroc : marges intensives et extensives de nos exportations».

Parts de marché : Le Maroc avance timidement

L’analyse de l’évolution de la part de marché du Maroc montre une quasi-stagnation aux alentours de 0,13%, en moyenne annuelle au cours de la période 2000-2014, alors que certains pays concurrents ont amélioré leurs performances à l’export durant cette période. Il convient, toutefois, de relever que sur la période 2007-2014, la part de marché s’inscrit dans une tendance haussière. La méthodologie utilisée pour la décomposition de la variation de la part de marché  «Constant market share analysis» (CMSA) a permis de dégager les facteurs à l’origine des gains ou pertes de parts de marché au niveau mondial. Cette démarche révèle que l’effet compétitivité joue un rôle important dans la légère hausse de la part de marché du Maroc au cours de la période 2007-2014. Ce gain de compétitivité masque néanmoins un effet de spécialisation géographique défavorable.

D’un autre côté, l’examen, par secteur, de l’évolution de la structure de la part de marché à l’export du Maroc, entre 2000 et 2014, fait ressortir des pertes significatives en parts de marché de certains secteurs, tandis que d’autres ont gagné en parts de marché. Les premiers sont essentiellement le textile-habillement et l’électronique. Les seconds comprennent de nouveaux secteurs d’exportation pour le Maroc à l’instar de la mécanique, l’aéronautique, l’automobile et l’électrique.

Ainsi, l’évolution de la part de marché du Maroc au cours de ces dernières années s’est produite dans un contexte marqué par une amélioration de la compétitivité-prix et une baisse du rythme de croissance du coût unitaire de la main-d’œuvre et également un renforcement de la part de produits à plus haute qualité au niveau des exportations marocaines. En gros, le Maroc a pu adapter son offre exportable à la demande mondiale. Ainsi, le profil des exportations marocaines sur les cinq dernières années fait ressortir le poids croissant des produits champions, qui sont des produits dynamiques caractérisés à la fois par une forte croissance des importations mondiales et des gains de parts de marché pour le Maroc.

Prix vs qualité : Le Maroc a fait son choix…

L’analyse de la position compétitive en fonction de l’avantage prix et avantage qualité révèle que la part des exportations marocaines en concurrence prix à hauteur de plus de 70% en 2002 a cédé le pas à celle des ventes en concurrence qualitative. Ces derniers gagnent plutôt en importance passant de moins de 14% avant 2007 à 25,5% en 2008 pour atteindre 41,5% en 2014. La part des exportations qui présentent un désavantage en termes de qualité demeure faible oscillant entre 3 et 7,6% sur toute la période. Par ailleurs, la part des exportations présentant un positionnement prix déficient est passée de 12,3% en 1998 à 20,8% en 2014.
Ainsi, le changement notable dans le modèle de croissance de notre économie, en faveur des branches industrielles émergentes à forte valeur ajoutée (automobile, électrique, électronique, produits chimiques et autres), a entraîné un renforcement de la contribution de produits à plus haute qualité, ce qui est de nature à affecter également la demande relative de travail qualifié/non qualifié. Ainsi, le pays améliore progressivement sa capacité à développer et exporter des produits dont la demande est davantage liée à la qualité qu’au prix. Les facteurs liés à la spécialisation industrielle, à la politique commerciale ainsi que les facteurs tels le climat des affaires, les réglementations, l’infrastructure et autres, ont contribué à cette amélioration.
Le progrès technique, l’innovation, la recherche-développement, la valorisation des ressources humaines et l’utilisation rationnelle des technologies de l’information et de la communication, qui sont des facteurs de nature à améliorer la qualité, deviennent des options stratégiques incontournables de compétitivité.

Plus de marchés pour les mêmes produits…

L’analyse micro-économique de la dynamique des exportations au niveau des produits et des marchés d’exportation a permis d’identifier les sources de la dynamique des exportations marocaines selon les différentes composantes de la marge intensive et de la marge extensive. Au terme de cette analyse, il ressort que les exportations marocaines se caractérisent par une concentration importante des produits et des marchés. Seulement 3,5% des produits exportés et 6,4% des marchés (9 pays) à l’export couvrent 80% de la valeur globale des exportations en 1998. Cette concentration s’est relativement atténuée en 2014 pour les marchés, au moment où la diversification des produits ne s’est pas améliorée (10,5% des marchés, soit 19 pays et 3% des produits pour 80% des exportations). De même, la contribution de la marge intensive à la croissance des exportations (45%) est moins importante que celle de la marge extensive (55%) en moyenne sur l’ensemble de la période. Cette contribution s’est nettement améliorée au cours des dernières années (47% en 2008-2014) par rapport aux années précédentes (40% en 1999-2007).
Enfin, les résultats de l’analyse micro-économique des exportations témoignent de la présence de gains substantiels à explorer moyennant, notamment, le renforcement de la capacité à lancer de nouveaux produits et à cibler de nouveaux marchés ainsi que l’augmentation du taux de survie des nouveaux venus sur le marché d’exportation.

L’ouverture commerciale ne profite que peu à l’emploi…

L’ouverture commerciale a stimulé plus les importations que les exportations. De ce fait, la balance en emplois des échanges marocains apparaît négative sur toute la période 1999-2013. Si la concentration sur les seuls secteurs traditionnels d’exportation, tels que le textile et l’agroalimentaire, n’a pas permis au Maroc de profiter pleinement des avantages de l’ouverture, le développement en parallèle de secteurs plus intensifs en capital physique (secteurs industriels) permettrait de diversifier l’offre exportable du pays, d’élargir ses parts de marché et de le doter de nouvelles potentialités créatrices d’emploi répondant au mieux aux exigences internes d’équilibres macroéconomiques et externes de compétitivité internationale. En effet, au-delà des déséquilibres commerciaux qui impactent à la baisse les créations nettes d’emploi, l’intensification capitalistique des processus de production, elle aussi liée à l’ouverture, constitue un autre facteur de destruction d’emploi, qu’il s’agisse des emplois contenus dans les exportations ou de ceux relatifs à l’offre globale en général. Ce développement technologique devrait par contre inciter à un repositionnement de l’économie nationale en faveur de secteurs plus créateurs de richesse.

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