Conférence africaine : Appel à l’avènement d’une statistique citoyenne

Conférence africaine : Appel à l’avènement d’une statistique citoyenne

Le Bhoutan, petit  pays niché au pied de l’Himalaya, n’avait pas tort quand il avait institué un Indice de bonheur national brut (IBNB) pour  essayer de mesurer ses progrès en développement. A défaut d’être suivi, il a néanmoins posé la question d’une statistique qui se cherche un second souffle. Et c’est précisément cette quête qui a animé  les experts réunis jeudi à Rabat à l’initiative du HCP et du centre de développement de l’OCDE à une conférence africaine sur «La mesure du bien-être et le renforcement du progrès des sociétés». Organisée dans le cadre des travaux préparatoires du 4ème Forum mondial sur les statistiques, le savoir et les politiques qui aura lieu à New Delhi du 16 au 19 octobre prochain, cette réunion a posé la question de la pertinence de l’analyse classique pour appréhender les nouveaux agrégats qui comptent. Mesurer la croissance et l’évolution du PIB c’est bien, ont laissé entendre la plupart des intervenants, mais en évaluer les retombées sur la distribution des revenus et sur le ressenti c’est encore mieux. En tout cas la démarche est-elle plus proche de la réalité actuelle, complexe et changeante, qui est  «née de la crise systémique qui secoue le mode de production et d’échange mondial» ?
Cependant si l’objectif est clair, les voies qui y mènent le sont beaucoup moins. Car, ont fait remarquer certains experts, comment mesurer le ressenti ?  Ou si l’on veut, comment un outil d’analyse objective comme la statistique peut évaluer ce qui est fondamentalement subjectif ? Durant deux jours et demi, des statisticiens venus de plusieurs continents se sont essayés à trouver solution au problème. Lors de la séance inaugurale, Mario Pezzini, directeur du centre de développement de l’OCDE, et Martine Durand, sa directrice de la statistique, ont dit le fond du problème. L’OCDE tente de convaincre de la nécessité d’évaluer les progrès des pays non seulement à l’aune des agrégats économiques classiques, mais encore au travers de notions nouvelles comme les conditions et la qualité de vie, la santé, l’éducation, la gouvernance, la participation à la gestion publique… Au total, onze critères qui font que la mesure est pertinente  ou en deçà du niveau qui permet la connaissance qui préside à l’action efficace. De son côté, Ahmed Lahlimi a souligné que la crise économique  systémique que connaît  l’économie mondiale a fait que  les  mutations que connaissent  les domaines de la recherche scientifique, des technologies, et des modes de production, d’échange et de consommation, intègrent  de plus en plus l’impératif de la durabilité de la croissance économique et de la cohésion sociale comme un déterminant fondamental de la compétitivité et des profits de demain. Conclusion: selon le haut-commissaire au Plan, ce siècle sera celui de l’avènement d’une statistique  d’un genre nouveau, une statistique citoyenne.

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