Conseil déontologique des valeurs mobilières : Les PME restent incapables d’accéder à la Bourse

À l’instar des pays développés, le système financier marocain dispose d’une large variété de produits financiers qui sont mis à la disposition des investisseurs et des entreprises. C’est ce qu’a révélé le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) dans son étude sur le financement des PME au Maroc. Ainsi, le gendarme de la Bourse  a relevé que les PME ont accès aux marchés bancaires, marchés des actions et marchés de la dette. En plus, ce dispositif a été enrichi par la création du fonds de garantie de la CCG (Caisse centrale de garantie). Dans ce sens, cette diversité permet généralement de répondre aux divers besoins de financement des entreprises. Concernant le marché des actions, le CDVM note toutefois une adhésion limitée de la part des PME à ce type de financement. Aussi, le Conseil souligne que la Bourse  des valeurs est composée de trois compartiments, chacun avec des caractéristiques et des conditions d’admissions différentes (voir encadré). L’objectif de la création du deuxième et du troisième compartiments est d’inciter les entreprises moyennes à s’introduire en Bourse . Actuellement, le CDVM compte 15 sociétés cotées appartenant au marché de croissance qui représente environ 3,6% de la capitalisation globale. Il est clair, néanmoins, que la cotation des entreprises reste en général très faible par rapport aux autres pays émergents. Le CDVM relève dans ce sens qu’à part quelques exceptions, la grande majorité des PME marocaines ne présente pas les critères requis pour pouvoir accéder au troisième compartiment de la Bourse . De plus, la proportion des petites et moyennes entreprises qui peuvent faire appel public à l’épargne pour un montant supérieur à 10 millions de dirhams demeure faible. Hormis les seuils qui sont problématiques et très élevés pour une grande population d’entreprises marocaines, les PME ne sont pas en mesure de respecter les implications de l’introduction en Bourse  en termes de communications financières et de bonne gouvernance. Aussi, selon le Conseil, en dépit des importantes évolutions enregistrées depuis la réforme des marchés des capitaux en 1993, le financement via la Bourse  reste très limité au Maroc étant donné la structure actuelle du marché.
Les PME se financent alors par le biais des circuits classiques, principalement les crédits bancaires. Le financement des PME marocaines via les marchés financiers, capitaux et dette, est très marginal en raison de l’étroitesse et des conditions exigées par ces marchés. Malgré les incitations fiscales et financières adoptées, les mécanismes mis en place ne sont pas particulièrement adaptés aux besoins des PME. Le facteur institutionnel constitue aussi une importante barrière d’accès pour ces entreprises au marché boursier, en raison notamment de la complexité des règles boursières comparée aux moyens des PME marocaines, souligne le CDVM. Ainsi, Les marchés boursiers sont utilisés majoritairement par les banques, les assurances, les sociétés de financement et les grandes entreprises marocaines. L’étroitesse de ces marchés et l’incapacité des PME à respecter les conditions exigées en termes de communication, taille et règles de bonne gouvernance sont les facteurs principaux qui entravent l’accès des PME à ce mode de financement, déduit le CDVM. Et de poursuivre que toutefois, l’accès des PME au marché boursier demeure un élément essentiel pour la croissance de ces entreprises. La création d’un marché libre, plus souple et moins exigeant semble être une solution idéale pour les PME ambitieuses ayant de bonnes opportunités de croissance. Ce nouveau marché aura la vocation d’attirer les PME par un système de cotation plus simplifié et un coût d’introduction plus faible. De plus, le marché boursier permettrait aux PME d’avoir accès à des niveaux de financements plus importants et lui offrirait l’opportunité de se faire connaître au grand public. Par ailleurs, le gendarme de la Bourse  a détaillé les termes d’accès aux financements des PME via le capital risque. Ce mode de financement est d’origine récente au Maroc. Néanmoins avec la loi relative aux organismes de placement en capital risque (FPCR), cette méthode de financement commence à se faire connaître par les PME en croissance, d’autant plus dans un contexte de manque de liquidité bancaire et de difficultés d’accès aux autres types de financements (bancaires et via les marchés boursiers). Le capital risque a été introduit au Maroc en 1989 par le biais de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui a accordé entre 1987 et 1996 un total de 40 millions d’euros sous forme de concours sur capitaux à risque financés grâce aux ressources budgétaires de l’Union européenne. La première société de gestion de fonds d’investissement (Mousahama) a été créée en 1993 par différents intervenants du monde financier. À la date d’aujourd’hui, plusieurs sociétés se partagent le marché du capital risque marocain. Cependant, le CDVM relève que les PME marocaines se caractérisent par une structure financière déséquilibrée, une organisation centralisée et personnalisée, le manque de transparence, un très faible encadrement ce qui n’encourage pas les investisseurs de capital risque. Face aux défis aux niveaux national et international, la PME marocaine doit se mettre à niveau afin d’encourager ce types d’investissements. Il est important de noter que le capital risque ne pourrait pas se substituer au financement bancaire, mais il vient en complément pour permettre de disposer d’une structure bilancielle équilibrée. Pour conclure, le CDVM note que contrairement aux pays riches où les PME sont associées à l’innovation, le dynamisme et la création d’emplois, dans les économies en transition comme le Maroc, les PME sont encore marquées par plusieurs défis notamment la fragilité de la structure financière et managériale, et une sous capitalisation importante. Ces faiblesses se traduisent par une faible contribution à la croissance économique et des difficultés d’accès aux financements.


 Compartiments boursiers

Premier compartiment (marché principal)
Ce compartiment comporte 47 valeurs et 95,5% de
la capitalisation globale
• Société avec un capital entièrement libéré
• Emission d’un montant minimal de 75 millions de dirhams
• Au moins 250.000 titres de capital
• Capitaux propres supérieurs ou égaux à 50 millions
de dirhams

Deuxième compartiment (marché de développement)
Ce compartiment représente 1% de la capitalisation globale avec 13 sociétés cotées
• Société avec un capital entièrement libéré
• Un chiffre d’affaires au cours des deux derniers exercices
supérieur ou égal à 50 millions de dirhams
• Emission d’un montant minimal de 25 millions de dirhams
• Au moins 100.000 titres de capital

Troisième compartiment (marché de croissance)
Ce compartiment comporte 14 sociétés cotées avec environ 3,6% de la capitalisation globale
• Société avec un capital entièrement libéré
• Emission d’un montant minimal de 10 millions de dirhams
• Au moins 30.000 titres de capital

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