Crise alimentaire : La Banque mondiale sonne l’alarme

La Banque mondiale, qui réunissait dimanche son comité pour le développement, a appelé les gouvernements des pays membres à intervenir d’urgence pour éviter que la crise alimentaire n’appauvrisse encore davantage quelque 100 millions de personnes dans le monde. «Sur la base d’une analyse sommaire, nous estimons que le doublement des prix alimentaires au cours des trois dernières années pourrait pousser plus profondément dans la misère 100 millions d’individus vivant dans les pays pauvres», a expliqué le président de l’institution Robert Zoellick. Les représentants des pays donateurs ont discuté un plan massif de lutte contre la malnutrition annoncé en début de mois par M. Zoellick, qui l’a comparé par son ampleur au «New Deal» américains après la grande dépression. Le monde se dirige «vers une très longue période d’émeutes» et de conflits liés à la hausse des prix et à la pénurie des denrées alimentaires, estime pour sa part Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, dans un entretien à Libération publié lundi. «On va vers une très longue période d’émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables», déclare-t-il au quotidien français. «Avant la flambée des prix déjà (…) 854 millions de personnes étaient gravements sous-alimentées. C’est une hécatombe annoncée», met en garde M. Ziegler. Les émeutes de la faim qui se propagent dans le monde sont devenues une priorité des assemblées de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, le week-end dernier dans la capitale américaine. La Banque mondiale considère que 33 Etats dans le monde sont menacés de troubles politiques et de désordres sociaux à cause de la montée brutale des prix des produits agricoles et énergétiques. Le dossier sera discuté lors du G8 Finances, en juin au Japon. «Mais, franchement, nous ne pouvons attendre jusque là», a reconnu M. Zoellick.
M. Zoellick avait averti que la crise pourrait avoir pour conséquence «sept années perdues» dans l’éradication de la faim dans le monde. «Les prix de l’alimentation, s’ils continuent comme ils le font maintenant, (…) les conséquences seront terribles», avait pour sa part lancé la veille Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI. «Comme nous l’avons appris dans le passé, ce genre de situations se finit parfois en guerre». La Banque mondiale (BM) va octroyer 10 millions de dollars aux pays et y envoyer des experts pour aider les autorités à répondre à la crise. M. Zoellick a indiqué que le programme alimentaire mondial (PAM) avait déjà reçu plus de la moitié des 500 millions de dollars qu’il a demandés à la communauté internationale avant le 1er mai. Mais «ce n’est pas assez». «Il demeure urgent que les gouvernements interviennent», a-t-il souligné. Présent dans 78 pays où il nourrit 73 millions de personnes, le PAM est l’agence humanitaire la plus importante au monde et joue un rôle essentiel concernant la sécurité alimentaire. L’Agence a fourni en aide alimentaire près de 88 millions de personnes dans 78 pays dans le monde en 2006. La Banque mondiale pour sa part prévoit de presque doubler ses prêts agricoles en Afrique en les portant à 800 millions de dollars. L’organisation estime que la hausse des prix du blé a atteint 181% en trois ans et celle des prix alimentaires 83% sur la même période. Ces derniers mois, la flambée alimentaire a entraîné des manifestations violentes en Egypte, au Cameroun, en Côté d’Ivoire, en Mauritanie, en Ethiopie, à Madagascar, aux Philippines, en Indonésie… En Haïti, le pays le plus pauvre du continent américain, le Premier ministre a été destitué samedi après plus d’une semaine d’émeutes provoquées par la flambée des prix de l’essence et des produits alimentaires.

• Veronica Smith (AFP)

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