Croissance: Maroc 2030 vu par les économistes, les opérateurs et Moulay Hafid Elalamy…

Croissance: Maroc 2030 vu par les économistes,  les opérateurs et Moulay Hafid Elalamy…

La 22ème rencontre organisée par le Centre marocain de conjoncture a été mise sous le signe du Maroc Horizon 2030. Mondialisation, évolution démographique, 1,3 million d’emplois à créer dans 10 ans, développement de l’industrie, protectionnisme sont autant de problématiques traitées qui ont suscité bien des débats. Explications.

«Nous avons besoin d’afficher une ambition nationale sur le plan économique et le CMC souhaite contribuer au débat national car c’est de cette manière que nous pourrons construire l’avenir du Maroc». C’est en ces termes qu’a introduit Habib El Malki, président du CMC, la 22ème rencontre organisée par l’observatoire indépendant spécialisé dans l’analyse et la projection économiques.

Placée sous le thème : «le Maroc Horizon 2030 : quelles voies d’émergence ? Les scénarii de croissance», la demi- journée a été marquée par la présence du ministre de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique, Moulay Hafid Elalamy, dont le franc- parler n’a pas forcément été au goût de toutes les personnes présentes à l’événement. Pour lui, le pays a entamé sa phase de développement dans le secteur de l’industrie contrairement à ce que peuvent penser les théoriciens. Confirmant le choix judicieux du Maroc d’avoir choisi une économie libérale ouverte au monde, il insistera sur les différentes visions sectorielles qui ont permis de constituer un tissu économique ; ce que n’ont pas forcément les autres pays. A propos de la désindustrialisation du Maroc, il prendra la partie d’y répondre à titre personnel : «elle fut très légère et c’est normal face à l’usine du monde que représente la Chine. A part l’Allemagne, personne n’a pu résister à la Chine. Nous qui avons une petite industrie, avons pu lisser les contrecoups globalement. La résilience a été bien menée à un moment où le tsunami mondial a aspiré de nombreuses entreprises».

Toujours est-il que le Maroc pèche encore en matière de formation et de qualification des ressources humaines. Le ministre rappellera la fameuse équation formation-emploi qui n’a pas encore été résolue au Maroc. En attendant l’évolution démographique fait que, d’ici dix ans, 1,3 millions d’emplois devront être créés! Le compte est encore loin quand on sait que cet indicateur n’atteint que les 75.000…

Cela dit, le ministre en charge du portefeuille économique du pays rappelle que dans les pronostics arrêtés à 2020, 500.000 emplois seront générés grâce au développement de l’industrie. Sa part dans le PIB devra ainsi atteindre les 23% (14% actuellement). Il rappellera les chiffres éloquents du secteur automobile dont les commandes atteindraient le milliard de dirhams !  «40 milliards de dirhams ont déjà été signés», atteste le ministre qui porte le plan d’accélération industrielle (2014-2020). Les industriels bénéficieront de 3 milliards de dirhams par an pour leur accompagnement. Une enveloppe budgétaire négociée non sans difficulté avec le ministère des finances; Moulay Hafid Elalamy n’omettra pas de le souligner au passage.

Plusieurs pôles porteurs ont été rappelés par le ministre pour ne citer que ceux liés aux énergies renouvelables, le phosphate ou encore l’agriculture. La vision sur le terrain semble claire. Le business avec les opérateurs internationaux est au vert. «Sur 19 opérateurs à Seattle, nous avons signé avec 17». Le ministre affiche sa satisfaction en avançant des arguments factuels. Bref, l’intervention de Moulay Hafid Elalamy, contredisant plusieurs représentants ou économistes, aura le mérite de créer une prise de conscience que le partage des informations et la confrontation des chiffres seraient les bienvenus.

De leur côté, les économistes du CMC prônent une démarche exploratoire pour se projeter dans l’horizon 2030 en retenant deux scénarii, à savoir soit celui de la continuité, soit celui de la rupture. Le président du CMC rappellera que «positionner le Maroc parmi les pays émergents impose un changement dans la perception du facteur temps». Partant de là, le modèle de croissance devrait être modifié car si avant, la demande intérieure représentait la base d’évaluation de la croissance économique, aujourd’hui le contexte de mondialisation change forcément la donne. Pour les économistes de l’observatoire, «le Maroc a pris un retard dans le secteur industriel à tel point que certains parlent de désindustrialisation…». La contradiction des débats démontre des perceptions différentes selon le statut ou le pouvoir décisionnaire des intervenants. Cela dit, ils seront tous unanimes pour tirer la sonnette d’alarme par rapport à l’impact de l’évolution démographique. Autre point de discorde entre les analystes et le ministre de l’économie, celui des accords de libre-échange. Si le président du CMC présente ces derniers comme les nouvelles armes face à la mondialisation, le ministre de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique nuancera. «Nous respectons les ALE mais quand nous sommes agressés, nous faisons référence aux mesures protectionnistes envisagées par l’OMC. Le jeu doit être équitable», précisera-t-il en assumant d’être étiqueté de protectionniste !

La demi-journée aura permis de faire des recoupements entre analystes, opérateurs et politiques. Il est clair que la projection du Maroc à l’horizon 2030 devra tenir compte de tous les paramètres et de toutes les positions constructives. Car ce qui n’est pas vérifiable chez l’un l’est chez l’autre. Il demeure que les chiffres sont têtus et permettent d’orienter les stratégies. La vision globale devra donc être portée par tous. Il en va du positionnement du Maroc face aux nouvelles donnes internationales.

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