Croissance : Retour à la dure réalité

Croissance :  Retour à la dure réalité

Le HCP s’attend à ce qu’elle décélère

La consolidation des équilibres macro-économiques durant les dernières années, notamment les équilibres financiers, interne et externe, et la maîtrise de la hausse des prix ne devraient pas occulter la présence de déséquilibres structurels au sein de l’économie nationale.

Alors que les opérateurs économiques guettent fébrilement la confirmation des récents signaux de reprise économique, le Haut-Commissariat au Plan ramène tout le monde à la dure réalité. Si l’année 2017 sera bel et bien mieux que prévu avec une prévision de croissance de 4%, récemment revue à la hausse par l’institution, les anticipations pour 2018 ne sont pas des plus encourageantes. Dans son budget exploratoire qu’il vient de dévoiler, le HCP s’attend à ce que la croissance décélère de nouveau l’année prochaine pour s’établir à 2,8%. «Les perspectives économiques à l’horizon 2018 confirment le ralentissement de la croissance économique nationale et particulièrement les difficultés pour les activités non agricoles à se réinscrire dans le sentier de croissance de plus de 4% réalisé avant la crise économique internationale de 2008.

Elles montrent également la continuité de la forte dépendance de l’activité agricole des conditions climatiques», commente l’institution. Noircissant davantage le tableau, l’organisme rappelle que la consolidation des équilibres macroéconomiques durant les dernières années, notamment les équilibres financiers, interne et externe, et la maîtrise de la hausse des prix ne devraient pas occulter la présence de déséquilibres structurels au sein de l’économie nationale. Dans la foulée, l’institution balaie d’un revers de la main «la pseudo situation de stabilité macroéconomique qui brouille l’éclairage de la prise de décision». Une critique à peine voilée du discours de la Banque centrale qui a fréquemment insisté ces derniers mois sur l’idée que la solidité des fondamentaux du Maroc l’habilite à entamer une réforme de sa politique de change.

Le HCP cite en tout cas spécifiquement le déséquilibre du commerce extérieur, qui n’a cessé de se creuser, «mettant en exergue les faibles capacités d’une offre compétitive de l’économie nationale tant sur le marché domestique que sur le marché extérieur». En chiffres, le déficit commercial, qui ne dépassait pas les 50 milliards DH en 2000, a été multiplié par plus de quatre fois depuis 2011 pour représenter aujourd’hui presque 20% du PIB (200 milliards DH) au lieu de 11% au début des années 2000. Et d’approfondir les sources du mal : en fait, ce déficit structurel est le résultat d’une forte demande intérieure satisfaite à plus de 40% par les importations. Plus encore, les activités à forte capacité exportatrice se réfèrent excessivement au marché extérieur pour répondre à leurs besoins en inputs intermédiaires. A titre illustratif, les activités industrielles qui exportent en moyenne 37% de leur production satisfont leurs besoins à hauteur de 38% du marché extérieur. Des niveaux largement supérieurs à ceux des activités non industrielles qui se situent à 7 et 8% respectivement, compare le HCP.

Les nouvelles ne sont pas plus réjouissantes pour ce qui est du financement de l’économie qui présente également un déséquilibre structurel entre l’épargne intérieure et les besoins de financement de l’investissement. En chiffres, le HCP estime que l’épargne nationale devrait représenter 28% du PIB, ce qui la place en dessous de l’investissement brut représentant 33,1% du PIB en 2018. Maigre consolation, en prenant en considération les perspectives de croissance économique en 2018 et la hausse modérée des prix, les crédits bancaires devraient légèrement améliorer leur prestation l’année prochaine avec une progression de 5,2% au lieu de 5% sur l’année en cours.

Tous ces déséquilibres disent, selon le HCP, l’urgence pour le Maroc de retrouver une croissance économique potentielle nationale plus élevée, ce que soulignait d’ailleurs une étude réalisée par des cadres de Bank Al-Maghrib traitée récemment sur nos colonnes. Les pistes pour y parvenir sont clairement établies et il s’agit de s’engager dans une transition de l’économie d’un mode de production traditionnel vers une offre plus diversifiée et avec un contenu technologique plus élevé. Ceci requiert des réformes structurelles profondes qui permettent à l’économie nationale de disposer de déterminants fondamentaux de création de la richesse.

Merci l’agriculture !

Si la croissance sera mieux que prévu en 2017 pour s’établir à 4% contre 1,2% l’année passée c’est principalement grâce à l’agriculture. Les bonnes conditions pluviométriques associées à l’amélioration des superficies cultivées annoncent en effet une production céréalière en hausse de plus de 200% par rapport à la campagne précédente.

L’évolution des activités non agricoles reste pour sa part terne. Elles devraient connaître, selon les anticipations du HCP, une légère amélioration, passant de 2,2% en 2016 à 2,5% en 2017. Y contribue essentiellement la reprise des activités secondaires qui afficheraient une hausse de 2,4%, contre 1,2% en 2016. Ce sont spécifiquement les activités des industries de transformation et des mines, largement tributaires de l’évolution des exportations, qui alimentent cette petite embellie. L’énergie et le secteur du bâtiment qui dépendent essentiellement de la demande intérieure ne sont pas près de sortir de leur torpeur, selon le HCP.

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