Dakar construit son Port du Futur

Le président de Dubaï Ports World (DP World), nouvel opérateur du port autonome de Dakar, a récemment visité le premier terminal à conteneurs du pays, marquant ainsi la prise de contrôle des opérations au Sénégal. Les retards de livraisons liés à l’augmentation du volume de manutention, au moment même où s’effectue le transfert de la nouvelle extension du terminal, sont en passe de prendre fin pour laisser place à la réalisation d’importants gains d’efficacité.
Afin d’assurer une période de transition, DP World a opté pour la formation d’une joint-venture regroupant les trois opérateurs sortant. Le groupement d’intérêt économique MTD comprend la compagnie de navigation danoise Maersk ainsi que les entreprises françaises Getma et SDV.
DP World a pris contrôle du port au 1er janvier, après avoir remporté la concession du port en octobre 2007 pour 25 ans, au détriment du groupe français Bolloré, entre autres candidats, présent au Sénégal depuis 80 ans. Le nouvel opérateur s’est engagé à réaliser un investissement de 300 milliards de francs CFA (700 millions de dollars) dans le développement de l’infrastructure et de l’équipement du terminal actuel, pour propulser sa capacité annuelle à 1,5 million d’EVP (unités conteneur équivalents à 20 pieds). Le nouveau terminal à conteneurs, le Port du Futur, devrait être opérationnel en 2012 et constitue le programme d’investissement le plus important des ports de la sous-région.
«DP World Dakar est très bien situé comme porte d’entrée privilégiée de l’Afrique de l’Ouest ainsi que vers d’autres routes commerciales», a déclaré Sultan Ahmed ben Sulayem, président de DP World et de Dubaï World, à la presse locale.
Depuis le début de la crise ivoirienne en 2002, le port de Dakar a investi 42 milliards de francs CFA (100 millions de dollars) pour remplacer le port d’Abidjan comme premier centre de transit pour les marchandises. D’ailleurs, le trafic avec le Mali transitant par le port de Dakar a sensiblement augmenté au cours de cette période. Selon le ministre du Transport malien, les échanges commerciaux entre les deux pays ont plus que triplé au cours des cinq dernières années, dépassant les 1,6 million de tonnes en 2007, contre 526 000 tonnes en 2002.
Le terminal à conteneurs actuel, créé en 1904, disposera après extension de 600 mètres de quai et pourra accueillir des navires dont le tirant d’eau atteint 12 mètres. L’infrastructure va notamment bénéficier de deux nouveaux portiques d’ici à 2009, et sera dotée de grues mobiles d’ici là. Le port verra ainsi sa capacité augmenter pour pouvoir traiter 500 000 EVP contre environ 310 000 aujourd’hui.
DP World devrait démarrer les travaux en septembre et réalisera dans un premier temps un nouveau complexe de porte, avec la mise en place des rails menant aux grues de portique et construira un nouveau réseau routier. Une plate-forme de distribution est également en cours de réalisation dans le nord du port, offrant des tarifs douaniers réduits pour les marchandises en transit vers d’autres pays de la sous -région. Ce complexe de 20 ha comprend un centre de transport routier et offre des installations communes comme les services des douanes, des grossistes, et un entrepôt. Cet ouvrage a pour objectif de décongestionner le trafic dans le centre-ville de Dakar de manière à faciliter l’acheminement des marchandises vers l’arrière-pays.
Guido Heremans, directeur général de DP World Dakar, a déclaré à OBG :
«Auparavant les opérateurs contrôlaient l’ensemble de la chaîne des transports, de la compagnie de navigation à la livraison finale, alors que DP World n’est qu’un maillon de la chaîne. Cela impliquait la mise en place de procédures nouvelles pour garantir le bon fonctionnement du terminal auprès de toutes les parties concernées».
«Nous souhaitons augmenter l’efficacité du port en encourageant les transporteurs et les importateurs à débarquer leurs conteneurs plus rapidement. Aujourd’hui, un cargo reste en moyenne 28 jours à quai au terminal alors que, selon les tests d’évaluation, sept jours sont tout à fait réalistes», a-t-il dit. «Nous avons connu d’importants retards, notamment au cours des premières semaines du mois de juin, en raison d’un accroissement des importations conjugué à la multiplication des livraisons et au déchargement particulièrement lent des conteneurs. Nous avons une capacité de stockage de 11 000 conteneurs et le port a atteint le seuil de saturation avec 14 000 conteneurs», a-t-il ajouté. Des primes ont été accordées aux transporteurs pour les inciter à évacuer les conteneurs de nuit, le dimanche et les jours fériés, de manière à ne pas perturber davantage le fonctionnement du port. Néanmoins, les sociétés de transport tardent à agir en conséquence. Selon M. Heremans, «La zone du port est toujours excessivement utilisée comme entrepôt, un héritage regrettable du passé. L’opérateur verra la capacité du port augmenter automatiquement en réduisant le temps de pause autorisé. Néanmoins, la livraison des conteneurs ne dépend pas de DP World mais des entreprises de transport routier, qui sont gérées par les opérateurs sortant», a-t-il dit à OBG.
Malgré l’absence de statistiques fiables pendant la période préalable à la concession du port à DP World, l’ensemble des investissements au niveau matériel, informatique et formation devrait permettre d’améliorer sensiblement l’efficacité des opérations du terminal, avec l’objectif d’atteindre 34 à 40 mouvements par heure, selon la compagnie des Emirats.
Parallèlement, un système de gestion informatique ultra-moderne, Navis, a été mis en place au port afin d’améliorer la gestion des conteneurs. «C’est exactement ce type d’investissement qu’un opérateur peut faire dans le cadre d’une concession de 25 ans», a dit M. Heremans. La modernisation des infrastructures prévues sur le site du port autonome de Dakar est la première étape d’un projet d’aménagement de plus grande envergure, dont le dispositif central est le Port du Futur et la mise en oeuvre d’une zone économique spéciale (ZES) réalisée par Jebel Ali Free Zone International (Jafza International), société soeur de DP World. DP World prendra en charge la conception, le financement, la construction et la gestion du nouveau port. Le port autonome de Dakar entend desservir son arrière-pays, en l’occurrence le Mali et ses pays voisins, et transporter les marchandises vers d’autres ports comme Las Palmas et TangerMed tandis que le nouveau port assumera le rôle de centre principal de transbordement et de point d’entrée vers le Sénégal. L’effet multiplicateur qu’entraînera la réalisation du port de transbordement en 2012 sera remarquable. Les gains d’efficacité dans le cadre de la réhabilitation du port de Dakar donneront une idée de ce qui est en droit d’attendre du Port du Futur, lorsqu’il sera établi comme centre de transit international pour toute la région.

• Oxford Business Group

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