De la start-up à la grande entreprise

ALM  : Quel est le bilan d’activité de Méditel trois ans après son installation au Maroc ?
Nabil Berrada : Au terme de trois ans d’activité, nous sommes passés du stade de la start-up à la dimension d’une grande entreprise. Nous sommes arrivés à un taux de couverture de 85 % tout en respectant soigneusement les normes de qualité dictées par notre cahier des charges. Nous avons développé un réseau de distribution de plus de 1.100 points de vente dans plus de 200 grandes et petites localités et ce, grâce à nos distributeurs agréés. Nous avons pu constituer une base de 1.700.000 clients actifs ce qui représente une part de marché de plus de 40% dans le secteur de la téléphonie mobile. Nous avons été récemment aussi certifiés ISO 9001: 2000.

Méditel a toujours estimé qu’elle est lésée par le système instauré jusqu’à présent pour gérer l’interconnexion avec IAM. Quels sont vos griefs par rapport à ce régime en vigueur ?
Effectivement, nous estimons, arguments chiffrés à l’appui, que cette décision nous a été défavorable. D’ailleurs, nous avons introduit un recours auprès de la justice pour son annulation. Le procès suit son cours et nous restons confiants dans la justice qui, nous l’espérons, nous rétablira dans notre droit. Ceci dit, j’aimerai bien revenir sur vos remarques par rapport à cette décision. Premier élément que nous récusons, c’est que nous payons très cher la terminaison vers le fixe (+135%) et sommes pénalisés dans l’interconnexion fixe à mobile (-40 %). Pour positionner ces prix, nous avons utilisé les études de cabinets qui font autorité dans le domaine et qui produisent des benchmarks sur le plan international.
Nous avons, également, rapproché ces prix par rapport aux prix pratiqués dans d’autres pays où nos partenaires technologiques sont présents. Pour mieux comprendre l’impact de ces chiffres, il convient de les placer en face des volumes de trafic en interconnexion.Les appels qui arrivent des téléphones fixes vers les téléphones mobiles Méditel sont, en termes de volume, plus importants que dans le sens inverse. Ce déséquilibre, en apparence, en faveur de Médi Telecom cache, en réalité, le manque à gagner que nous subissons en comparaison avec les benchmarks internationaux que j’ai cités plus haut.

Ce déséquilibre, résulte de quel facteur selon vous ?
Ce qui est souvent occulté c’est que ce déséquilibre tient au fait que IAM est toujours en situation de monopole. Mieux encore, ce monopole continue à être surprotégé de manière excessive. Il est exercé pleinement dans les téléboutiques, les administrations publiques, où nous avons également du mal à vendre des abonnements au téléphone mobile à cause d’une limitation pseudo-réglementaire et l’acheminement des appels en provenance de l’étranger. Dans cette affaire, notre concurrent avance que grâce à cette interconnexion, Médi Telecom reçoit de sa part plusieurs dizaines de millions de dirhams et que, par conséquent, nous n’avons aucune raison de nous plaindre. Or, si vous analysez les statistiques publiées par l’ANRT, entre l’année 2000 et 2001, le nombre d’abonnés au réseau fixe de Maroc Telecom a baissé de près de 20 % alors qu’à travers le monde, le nombre d’abonnés s’améliore constamment grâce au développement du mobile. Malgré cela, le chiffre d’affaires d’IAM lié à cette activité s’est amélioré de 14 % ! La seule explication -et il y en a pas plusieurs- est le trafic supplémentaire du fixe vers les clients Méditel. Si Méditel n’était pas là, la réduction du portefeuille d’abonnés au réseau fixe aurait été dramatique en termes de revenus. Mieux encore, IAM a amélioré ses revenus sur le fixe sans avoir à consentir des investissements supplémentaires. C’est Médi Telecom qui a supporté les efforts d’investissement.

Sur la base de ce diagnostic, comment vous concevez la résolution du différend?
Ce que nous demandons, c’est une plus grande justice en matière de partage de revenus d’interconnexion eu égard à nos investissements très lourds alors que notre concurrent améliore ses revenus sans investissement supplémentaire. En revanche, si vous prenez l’interconnexion entre mobile IAM et mobile Méditel, le trafic est actuellement équilibré en termes de volume. Ceci est tout à fait normal dans un secteur libéralisé où des opérateurs se livrent concurrence.  Pour résumer, seule la libéralisation et l’évolution du cadre réglementaire permettraient d’arriver à une situation d’équilibre. Et c’est quelque chose que nous appelons de tous nos vœux.

Quelle est votre position sur le calendrier annoncé par le gouvernement Jettou pour relancer le processus de la libéralisation de la téléphonie fixe et la réforme de la loi 24-96 ?
Nous n’avons reçu aucune information officielle à ce sujet. Nous déplorons, par ailleurs, le manque de visibilité qui entache ce processus. Nous espérons que le gouvernement saisira à temps l’importance de ce projet pour en faire un nouveau succès dans le secteur des télécommunications.

Quel est l’apport actuellement du SMS dans le business de Méditel?
Nous enregistrons des résultats très satisfaisants à ce niveau. Nos performances ont été confortées depuis l’ouverture de l’interconnexion avec Maroc Telecom –chose que nous avons demandé depuis le démarrage- mais aussi par des accords de partenariat que nous avons signés avec des producteurs de valeur ajoutée. Récemment, nous avons lancé des terminaux qui permettent l’envoi des SMS en arabe ce qui nous a permis d’améliorer de manière notoire les volumes d’échange de SMS. C’est un marché qui est en plein essor et nous en sommes qu’au tout début. Pour l’introduction de la technologie MMS, nous en étudions avec nos partenaires internationaux l’opportunité. Si la demande s’avère intéressante, nous prendrons une décision en conséquence. De même, pour le GPRS nous étions les premiers à installer des plates-formes  pilotes. Nous continuons à suivre de manière étroite les tendances du marché. Si les conditions de la demande se confirment, nous déciderons à ce moment.

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