Déchets : Une collecte inachevée

Déchets : Une collecte inachevée

Dans l’indifférence la plus totale, un jeune chiffonnier s’est fait écraser à la décharge publique de Tanger, tard dans la nuit du mercredi 20 juillet 2005. Un véhicule de la société Cespa-Nadafa, concessionnaire de la collecte et du nettoiement des arrondissements de Tanger-Médina et Charf-Souani, l’a broyé. Ce nouvel incident vient s’ajouter aux malheurs de la filiale d’un des premiers groupes espagnols bien structurés, qui mobilise beaucoup d’efforts et de moyens à résoudre des problèmes loin de son métier de base.
En fait, les contraintes auxquelles fait face Cespa-Nadafa sont plutôt d’ordre culturel, liées à la léthargie de la prise de décision et aux pratiques peu déontologiques qui sévissent encore. « Le regrettable accident témoigne encore une fois de l’urgence de la refonte de l’approche actuelle en matière de traitement des déchets. La décharge publique est saturée et les accès qui y conduisent sont impraticables. Les clauses du cahier des charges ne sont pas remplies. Nous nous sommes retrouvés le délégataire des problèmes de la ville plutôt que de ses services », estime Andrés Valverde Farré, directeur général la société Cespa-Nadafa
Pis, selon le responsable, le concessionnaire agit dans un univers plutôt hostile. Depuis décembre 2004, Cespa-Nadafa n’a reçu aucun dirham des 36 millions de DH prévus par le cahier des charges à titre de rémunération du contrat.  Au bout de cinq années d’exercice, aux critiques au sujet de travail de collecte et de nettoyage mal fait, Andrés Valverde Farré oppose les faits. Pour lui, la population de Tanger dépasse largement les 400.000 habitants, sans tenir compte de la population illégale ni des 2,5 millions des MRE de passage. «De ce fait, les 316 tonnes par jour prévues par le contrat se chiffrent actuellement à 600 t/j ».  Suivant ce raisonnement, le retour au cahier des charges est nécessaire. Les clauses techniques et économiques prévoient la révision, annuelle de ces clauses. «Nos multiples écrits et relances sont restés sans réponse. Si nous avons une obligation de résultats, encore faut-il nous donner les moyens », précise Andrés Valverde Farré.
Autre problème majeur, la plupart des éboueurs hérités des communes sont récalcitrants. Ils contribuent largement à la malpropreté de la ville et esquintent le matériel mis à leur disposition. L’état d’esprit qui règne parmi le personnel mis par les communes à la disposition de Cespa-Nadafa pousse les employés communaux à se cantonner dans un horaire rigoureux, refusant d’obtempérer. «Nous rencontrons beaucoup de difficultés avec le personnel communal qu’on ne peut pas faire travailler en dehors de l’horaire classique de 6h00 à 14h00, et qui agit selon son gré en toute impunité. Nous aimerions former des équipes de jour et des équipes de nuit, intervenir dans les points névralgiques de la ville, nettoyer, assainir et rendre la ville propre. Mais pour cela, il faut un personnel discipliné, ce que nous sommes en phase de réussir ». Selon M. Andrés Valverde Farré, conformément aux clauses de reprises, 60% des 402 employés ont réintégré leurs communes initiales. Le ministère des finances a opposé, pour l’instant, son veto au retour de 160 autres. Parallément 280 nouveaux postes ont vu le jour, sans cela, la situation serait plus dramatique.
Mieux encore, le parc de véhicules rétrocédés à la concession n’est pas conforme aux standards de la filiale espagnole. Selon son DG, 9 véhicules seulement étaient exploitables. En plus, le personnel communal ne prend pas soin du matériel roulant, ni des containers répartis dans différents quartiers de la ville. «Nous avons acquis en juillet 2003, 900 nouveaux containers au prix unitaire de 3400 Dh. Outre la mauvaise manutention opérée par les éboueurs, la plupart de ces containers sont déjà détériorés par les habitants», explique M. Valverde Farré
Mis bout à bout, l’ensemble de ces éléments constituent assurément, des entraves au quotidien pour une prestation de service de qualité.  Charge actuellement aux nouvelles autorités de trouver un terrain d’entente, sinon, le prestataire ibérique se verrait dans l’obligation de partir. «Nous nous ne sommes pas tenus de gagner de l’argent, mais nous ne devons pas non plus en perdre », estime Andrés Valverde Farré.

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