Défaillances d’entreprises : Il n’y a pas de quoi s’inquiéter…

Défaillances d’entreprises : Il n’y a pas  de quoi s’inquiéter…

Le taux de progression des défaillances d’entreprises au Maroc a été le plus faible entre 2017 et 2016, soit 12% contre une moyenne de 17% durant les cinq dernières années. Le taux prévu pour 2018 est de 8%.

Par Ahmed Khalid Benomar (*)

La situation n’est pas particulièrement critique au Maroc en matière de création d’entreprises. Au contraire, certains indicateurs liés aux défaillances d’entreprises témoignent d’une vitalité de l’économie et restructuration du modèle économique.

Il y a environ 8.000 défaillances sur environ 500.000 entreprises au Maroc. Il y a environ 54.000 défaillances sur 3,4 millions d’entreprises en France. Le ratio de défaillance est exactement le même au Maroc et en France, soit 1,6%. Ce ratio n’est pas particulièrement inquiétant au vu des benchmarks internationaux, d’autant plus qu’on crée 4,4 entreprises par entreprise défaillante.

De plus, seulement 3,2% des entités défaillantes sont des PME et 0,2% des grandes entreprises. Or, les défaillances des PME et des grandes entreprises sont beaucoup plus problématiques de par leur impact dans la richesse nationale et la création d’emploi. Les défaillances des TPME ayant moins de 5 ans sont vues parfois comme un signe positif, de confiance de la jeunesse dans l’économie et l’entrepreneuriat, de réorientation vers des secteurs porteurs ou prometteurs. Sans oublier qu’il y a eu un boom avéré de la création d’entreprises au Maroc, en raison de la multiplication des incitations fiscales (exonération limitée d’IS) ou sociales (exonération de charges sociales pour la création d’emploi – dispositif Tahfiz), accompagnés par la dynamique de la mise en place du statut de l’auto entrepreneur.

Aussi, le taux de progression des défaillances d’entreprises au Maroc a été le plus faible entre 2017 et 2016, soit 12% contre une moyenne de 17% durant les cinq dernières années. Le taux prévu pour 2018 est de 8% équivalent à l’économie du Royaume-Uni et inférieur au taux de 10% prévu en Chine, qui est l’économie mondiale la plus dynamique. De plus, le Maroc est en train de mettre en œuvre, à court terme, des réformes importantes visant à assurer une meilleure sécurité de l’entrepreneuriat et un cadre adéquat pour les entreprises en difficulté. Ainsi, la loi de Finances 2018 a proposé un cadre adéquat pour les entreprises ayant des difficultés temporaires (mise en veille des activités). De même, la réforme du livre 5 du code de commerce vise à mettre en œuvre un dispositif complet et spécifique aux entreprises en difficulté, qui permettrait d’améliorer non seulement le classement du climat des affaires mais également de réduire la progression de la défaillance d’entreprises.

Le nombre de défaillances est un indicateur controversé et ne fait pas l’unanimité au niveau de la littérature économique et n’est pas utilisé par les grands organismes internationaux comme indicateur de référence à l’exception des organes de notation et d’évaluation des risques et ce pour plusieurs raisons :

1)  D’abord, il faudrait pondérer le raisonnement par le fait que les entreprises peuvent être en faillite, mais l’évolution globale de la qualité des emplois doit être étudiée. C’est-à-dire que même si l’on passe de 100 entreprises en faillite à 200, et que les emplois passent de 2.000 à 1.500, peut-être que les 500 emplois étaient des emplois précaires et qu’au contraire, la proportion des emplois stables dans les 1.500 a augmenté. Ainsi, la faillite d’entreprises n’indique pas qu’il y a destruction d’emplois stables.

2)    Il faudrait également mitiger le raisonnement par le fait que beaucoup des entreprises qui se déclarent en faillite ou en liquidation sont des entreprises unipersonnelles, ou des très petites entreprises. Une ou deux personnes, en mode entrepreneur, qui essaient, puis qui échouent dans leur projet entrepreneurial. Encore une fois, l’impact est peut-être important à leur niveau, mais il n’y a pas lieu de déclarer le Maroc en faillite.

3)  Enfin, un dernier élément et non des moindres : il faut relativiser les chiffres en répartissant géographiquement les faillites. En effet, on va peut-être trouver que plus du tiers des entreprises concernées sont dans la région casablancaise, ce qui dénote certainement une dynamique de création-destruction d’entreprises dans la zone, mais ce qui permet de relativiser par rapport aux autres régions du Maroc.

(*)  Conseiller auprès du chef de gouvernement

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