Des chantiers indispensables

Dans moins de deux mois, les ports marocains devraient théoriquement disposer d’une déclaration de conformité avec le nouveau standard mondial de sûreté, ISPS. Défendu becs et angles par les Américains, ce dispositif traduit en fait la tendance de ces derniers à « sous-traiter » une bonne partie de la gestion des risques liés au terrorisme vers tous les ports du monde. Au Maroc, sa mise en oeuvre est encore au stade de l’évaluation. Dans les différents départements concernés, les réunions se succèdent pour informer et évaluer les besoins et dresser la liste des mesures à entreprendre. Depuis quelques semaines, deux bureaux d’études, Promeco Conseil et une société anglaise, Drum Cussac, ont été engagés pour auditer et compléter les évaluations déjà effectuées par l’administration et comparer leurs conformités actuelles avec les dispositions réglementaires internationales, en particulier le code ISPS. Quelque 12 ports sont concernés par ce dispositif : il s’agit des ports de Nador, Tanger, Mohammédia, Casablanca, Jorf Lasfar, Safi, Agadir, Tan-Tan, laâyoune, Dakhal, Al-Hoceima et Kénitra.
Les conclusions de ces bureaux vont permettre de définir les mesures nécessaires pour rendre les ports conformes à la réglementation et, par là même, de réaliser les plans de sûreté et d’établir les niveaux de celle–ci sur l’ensemble des ports.
Les besoins réels en matière d’équipement, de financement et des ressources humaines ne seront déterminés d’une manière précise qu’après l’achèvement des phases d’évaluation et d’élaboration des plans de sûreté. Cependant, les différentes commissions techniques déjà installées ont formulé leurs recommandations sur le sujet. Un document de la Direction des Ports et du Domaine Public Maritime (DPDPM) en date du mois de mars dernier relate les mesures à prendre port par port. Les aménagements à réaliser sont nombreux et touchent différents points : réaménagement de certaines installations, constructions diverses, activation de nouvelles procédures de sécurité, d’accès, de surveillance et de contrôle… Certaines mesures font appel à un savoir-faire spécifique, et il n’est pas exclu que l’administration confie certaines missions à des privés. Dans tous les ports, les commissions recommandent d’innombrables constructions de clôtures, séparations, murs et autres miradors. Le renforcement de l’éclairage dans des zones plus au moins étendues est également recommandé pour l’ensemble des ports concernés. Certains nécessiteront l’introduction de nouveaux systèmes de contrôle plus sophistiqués. Ainsi, pour le port de Nador, la commission technique locale recommande l’installation d’un système d’alarme pour alerter le personnel et les patrouilles de la sécurité dans les cas d’urgence. Dans la zone de mouillage du même port, il est question d’engager des sociétés agréées par la surveillance sous-marine. Pour le port de Tanger, la commission préconise le renforcement du gardiennage ainsi que l’instauration d’un système de liaison et de communication et l’installation d’un système de télésurveillance. Il est également question d’introduire un moyen de locomotion de passagers vers les zones d’embarquement, ainsi que des chariots pour le transport des bagages pour passagers. Pour le port de Casablanca, le rapport de la commission locale prône la généralisation du système de télésurveillance pour garantir la couverture des tous les quais d’accostage des navires. Dans le registre de la lutte contre l’émigration clandestine, la commission recommande l’acquisition des moyens technologiques pour le contrôle de marchandises tels que les scanners, mais aussi l’installation de détecteurs de présence humaine CO2 dans les TC et remorques afin d’éviter leur ouverture et gagner du temps. Pour le port de Jorf Lasfar, il est question d’instaurer une carte d’accès pour l’ensemble du port ainsi que la mise en place d’un système de télésurveillance dans la digue principale et aux postes pétroliers.
Pour le port d’Agadir, et outre la mise en place d’un système de télésurveillance, la commission préconise la restauration du système de liaison et de communication. Pour le port de Safi, il est même question d’équiper l’émaphore d’un Radar APRA couplé à un GPS.
Cette panoplie de mesures a évidemment un coût, difficile à évaluer pour le moment. Une chose est sûre, l’application de l’ISPS générera une dynamique économique certaine autour des ports. Plusieurs marchés publics sont en perspective.

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