Des clients pas comme les autres

Si la première génération des Marocains Résidant à l’Etranger (MRE), celle des pères, a cultivé «le mythe de l’éternel retour», sa manière d’épargner en a été largement influencée. En plus de l’acquisition de sa maison au Maroc, l’argent transféré devait être sécurisé au maximum. C’est pourquoi, les banquiers ont systématiquement conseillé les placements en dépôts à terme (DAT) offrant une rémunération sûre et un capital garanti. La seconde génération, celle des fils, a de son côté adopté un comportement différent. Plus instruite et plus en phase avec la société de consommation où elle évolue, cette génération compare systématiquement les offres bancaires. Elle est plus portée sur l’investissement productif plutôt que les immobilisations génératrices de peu de profit. Par contre, la troisième génération, celle des petits-fils, a un comportement, aux dires des banquiers, purement touristique avec un attachement aux origines plus prononcées. Cette catégorie de clientèle bancaire ne jure que par les paiements par cartes, donc ne brasse que peu de liquidités. En plus, les banques marocaines ne peuvent concurrencer les banques étrangères. Les offres, souvent packagées, couvrent l’ensemble de besoins de cette catégorie de clientèle. "Pourquoi un Français viendrait frapper à notre porte alors que les banques françaises proposent une gamme de services très complète ? Nous ne voulons pas hériter des mauvais payeurs", laisse entendre un directeur d’une des principales enseignes bancaires du Royaume.
Côté chiffres, ceux qui sont avancés par le GPBM (Groupement professionnel des banques du Maroc) sont très parlants.  À fin décembre, les comptes-chèques MRE s’élevaient à 33,9 milliards de DH (35% du total compte-chèques), les dépôts à terme à 35,3 milliards de DH (42,5% du total de ces dépôts) et les comptes sur carnet à près de 2 milliards de DH (5% du total des dépôts sur ces comptes).
Toutefois, le transfert continu par les MRE reste intrigant. Depuis trois exercices, le flux des transferts s’inscrit dans une tendance haussière. Passé l’effet Euro et l’obligation faite aux MRE ayant opté pour les bas de laines de les sortir, l’explication avancée par certains analystes à ce flux continu met le doigt sur l’effet du 11 septembre.
En effet, la communauté arabe, de par le monde, s’est sentie visée depuis ces attentats. Depuis, il en a résulté une vague importante de transferts d’argents vers les pays d’origines. Cette tendance, selon les mêmes analystes, est amenée à croître. Par conséquent, on s’achemine vers de nouveaux records.
Toutefois, l’enquête socio-économique de l’INSEA qui remonte à 2000, et tente de tracer les grandes tendances des investissements MRE, précise que depuis leur installation dans les pays d’accueil à nos jours, l’essentiel des projets a été concrétisé durant les deux dernières décennies, et en particulier dans les années 90, et 60% réalisés au Maroc. La répartition régionale confirme que les lieux de naissance et de résidence avant l’émigration attirent l’essentiel des flux. L’immobilier est l’investissement privilégié des MRE. L’agriculture arrive en deuxième position avec 7,5% suivi du commerce (5%), de l’industrie (1,3%) et du tourisme (1,4%). À relever aussi que les investissements hors immobilier sont plus importants à l’étranger, notamment dans les services. Ce n’est donc pas le manque de qualification des promoteurs qui explique la timidité des investissements productifs lancés au Maroc mais la complexité de l’environnement et la multiplicité des contraintes. Le vent d’optimise actuel, doublé de la ferme volonté des banquiers du Royaume de jouer le jeu, changera assurément cette donne.

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