Des constructions dangereuses

L’obsession du gain facile se traduit le plus souvent par une dégradation de l’urbanisme et la montée de risques.Quand l’immobilier va, tout le reste va. Une expression qui se vérifie partout dans le monde, sauf au Maroc. Et pour cause, l’immobilier se porte bien dans notre pays, mais cela reste sans conséquence pour les autres secteurs. La raison en est que pour la plupart des promoteurs immobiliers, la seule adéquation valable est celle du gain de temps et d’argent. La seule motivation est la rentabilité, au détriment de la qualité de vie et des critères esthétiques, pourtant si indispensables. Le taux de retour sur investissement d’un promoteur immobilier au Maroc est de trois ans. En France, il est de quinze. C’est dire combien l’attrait de la facilité et du «vite-fait» est important. C’est le résultat des longues années où tout le secteur est resté entre les mains des seuls promoteurs. Aucun souci d’harmonisation des sites, aucune créativité ni en termes de matériaux ni en matières de constructions. Pour l’architecte Amine Demnati, cette situation est à mettre sur le compte du manque d’intelligence de certains promoteurs. «L’immobilier continue à subir un savoir-faire et des modes de réalisation qui remontent aux années 30. Face, d’un côté, à la cherté des nouveaux matériaux et, de l’autre, à l’appât du gain rapide, l’on préfère rester fidèle à un savoir-faire aussi dépassé, archaïque», nous avait-il déclaré. Pourtant, le Maroc dispose de lois extraordinaires en matière de construction et d’aménagement du territoire. Des textes qui attendent leur application puisqu’aucun contrôle n’existe. Ce n’est pas le cas des pays d’Europe où les lois sont plus souples mais qui sont respectées. Leurs autorités sont très sévères à cet égard. Il y a également les lenteurs administratives liés aux autorisations de construction. Il faut quelque 120 signatures et un circuit complexe pour qu’un projet immobilier voie le jour. Sans parler de la nature même des terrains au Maroc qui sont constitués de lotissements. Architecturalement parlant, la réflexion ne se fait pas sur un quartier ou une avenue mais sur un bout de terrain. Il est donc impossible d’avoir une vision globale et harmonieuse, ne serait-ce qu’à hauteur de 30 ou 40%. Il ne se passe pas un jour sans que ne naissent des projets qui s’inscrivent dans le cadre du logement social. Avec, toujours, ce souci de la quantité, dont la qualité de vie fait les frais. «Il n’y a pas d’architecture, il y a seulement de la construction», déclare-t-il. Pourtant, plusieurs projets d’habitats sociaux sont bâtis sur des sites où cette qualité de vie, pour ne pas dire environnement, existe bel et bien. Il suffit de réfléchir à intégrer ces habitats à leur cadre.
«Les architectes ne sont pas consultés. Ils se contentent «d’exécuter» ce qui leur est dicté par les promoteurs immobiliers. Ce système ne peut plus continuer… Des mesures de contrôle sont à instaurer et à appliquer». On ne croit pas si mieux dire.

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