Des projets ficelés d’abord

Des projets ficelés d’abord

ALM : Quel intérêt représentent les investissements arabes pour une économie émergente comme celle du Maroc ?
Hassan Chami : Un intérêt tout simplement capital. Sachez, à titre indicatif, que le volume global des investissements saoudiens à l’étranger s’élève à 600 milliards de dollars. Si l’on achemine rien que le 1% de ces investissements, ce serait 6 milliards, ce qui est loin d’être négligeable. Le Maroc a tout à gagner à attirer des capitaux émanant de pays avec lesquels il partage tout, à commencer par son identité de pays arabe et musulman. Pour y arriver, il faut que le Maroc fasse valoir deux atouts dont il dispose, à savoir la visibilité et la sécurité. En attentant, c’est des pays comme les Etats-Unis qui en profitent le plus.
En tant que président de la CGEM, quelle est à votre avis la particularité des investissements arabes au Maroc ?
Il faut commencer par définir la nature de ces investissements. Ces derniers reposent essentiellement sur le principe de sociétés mixtes, créées sur la base d’accords étatiques que conclut le Maroc avec les autres Etats arabes, comme l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unies et le Koweït. Un principe qui reste, et à quelques exceptions près, quasi général. Les quelques particuliers, des Irakiens et des Syriens, qui opèrent au Maroc se concentrent dans leur majorité sur l’immobilier. Un domaine dont les investisseurs arabes sont friands, le domaine industriel, le pétrole et la pétrochimie, étant réservé à l’Etat dans la majeure partie des pays arabes. Et même avec tout les potentialités qu’ils représentent, les services n’attirent toujours pas les investisseurs arabes. La nouvelle stratégie du Maroc vise dans ce sens à attirer davantage de capitaux arabes.
Quelles sont les modalités d’action que devrait justement mener le Maroc pour changer la donne ?
La clé serait de présenter des projets ficelés, prêts à réaliser. Pour cela, il faut créer une banque de données qui soient consultables par tout investisseur intéressé au Maroc. C’est le moyen d’inciter les investisseurs à venir au Maroc. Nous disposons de secteurs où plusieurs projets existent déjà et pour la réalisation desquels manquent les fonds nécessaires. A titre d’exemple, je citerai le domaine de l’infrastructure autoroutière à péage, à même d’attirer plus d’un investisseur. Il faut pour cela être capable de démontrer le bénéfice qu’il aura à tirer de son engagement. Aussi, des projets dans le secteur touristique pourraient drainer des capitaux arabes. Encore faut-il qu’ils soient ficelés, argumentés. On a déjà Taghazout, un exemple en la matière.
Quelles sont les actions que mène la CGEM afin de renforcer les partenariats économiques entre le Maroc et les autres pays arabes?
Nous essayons de créer des comités mixtes avec les confédérations patronales dans d’autres pays arabes. En Arabie Saoudite, nous avons ouvert un bureau qui se charge d’informer les investisseurs potentiels sur les différents projets de développement en cours au Maroc et les orienter vers les secteurs à fort potentiel. L’ouverture d’un bureau saoudien à Rabat est également prévue. Le même projet est en cours avec les Emirats Arabes Unis et le Qatar. Il y a aussi le travail que nous menons avec le Club des investisseurs arabes au Maroc (CIAM) dans le sens de lever les contraintes liées à l’acte d’investir. Cela va de pair avec les mesures de réformes qu’a entamées le pays dans le sens d’alléger les lourdeurs administratives et les efforts visant à garantir l’accueil qui se doit aux investisseurs.

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