Des solutions de transfert en ligne

ALM : Comment évaluez-vous l’état des lieux du E-commerce au Maroc ?
Azedine El Mountassir Billah : D’emblée, il faut reconnaître que malheureusement ni le B to C (Business to Consumer), ni le B to B (Business to Business) n’ont pu démarrer au Maroc. Cet échec est dû non pas à un problème de disponibilité de technologie liée au E-commerce, mais plutôt à un blocage au niveau des métiers. Prenons l’exemple du tourisme, la majorité des intervenants de ce secteur n’ont pas une prise sur la chaîne de réservation. La plupart des hôtels commercialisent leurs produits en passant par les tours opérateurs. En plus, l’investissement dans un site marchand dans le domaine touristique exige un grand investissement en communication et en publicité. Une exigence à laquelle les opérateurs touristiques ne sont pas prêts à adhérer.
Le secteur de l’artisanat est le second exemple de l’échec du développement du E-commerce au Maroc.
L’artisanat est un secteur très peu structuré. Or, pour vendre sur Internet, il faut disposer d’une bonne chaîne de distribution, du back-office, d’une logistique rôdée et d’exigence au niveau de la qualité de service (satisfait ou remboursé). En outre, les artisans n’ont pas pu développer déjà la vente à distance, à forte raison se lancer dans la vente sur le Web.
Si les professionnels réussissent à agir sur ces blocages objectifs, le développement du E-commerce est envisageable. Pour preuve, au courant de cette année plusieurs projets qui exigent le paiement en ligne sont en train d’être bouclés.
Le modèle économique de Maroc Telecommerce était basé sur le développement du B to C et le B to B. Après cet échec, vous avez fait un virage vers les projets de l’administration en ligne. Quelles sont les motivations de ce nouveau positionnement ?
Notre plate-forme qui regroupe les banques (CDM, SGMB, BMCI et BCP) et la SSII Intelecom s’est focalisée au départ sur ces deux segments. Mais, depuis le dernier trimestre de l’année 2001, nous avons entrepris un virage vers les projets publics. Ainsi, nous avons pu décrocher les marchés de la CNSS, l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et la cartographie et l’OMPIC (Office marocain de la propriété industrielle et commerciale).
Ces projets lancés par des administrations sont à mon sens un bon indicateur sur le potentiel du segment d’utilisation du paiement en ligne par les organismes publics.
À titre d’exemple, la CNSS lancera en mars prochain sa solution de transfert électronique des bordereaux de sécurité (BDS) et le paiement électronique des cotisations entre elle et ses affiliés. Ce service cible un marché potentiel de 110 mille entreprises qui font leurs déclarations par voie normale et sur support papier.
L’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie a déployé pour sa part récemment une solution permettant aux notaires répartis à travers le Royaume de s’informer sur l’état d’un titre foncier électroniquement.
Enfin, l’OMPIC est actuellement en phase de test de son offre de consultation de bilan des entreprises.
Sur la base de ce diagnostic aussi bien des sites E-commerce que de l’administration en ligne, quelles sont vos prévisions pour l’année 2003 ?
Je pense que le gouvernement doit jouer un rôle actif dans le déploiement de solutions de paiement et de dématérialisation des procédures. Les cas de la CNSS, l’OMPIC, et l’Agence nationale de la conservation sont des exemples à démultiplier. Les grandes entreprises doivent s’investir de leurs parts, pour permettre au grand public et au secteur privé de payer par exemple leurs factures d’eau, d’électricité et de téléphone sur Internet.
Le premier pas a été déjà franchi, je crois qu’il s’agit d’une tendance lourde à laquelle il faut juste donner un coup de pouce. La réactivation des projets de loi sur la signature électronique et la dématérialisation des procédures est un autre facteur qui renforcera cette tendance.

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