Dette : Les pays riches toujours à la peine

De l’Europe aux Etats-Unis, les pays les plus riches de la planète éprouvent toujours de grandes difficultés à convaincre du sérieux de leurs plans visant à réduire leur énorme endettement, en dépit de l’accord in extremis trouvé dimanche à Washington sur le plafond de la dette. Des deux côtés de l’Atlantique, «on patouille chacun à sa manière», résume sobrement Charles Wyplosz, économiste à l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Les marchés financiers ont d’ailleurs rapidement renoué avec le pessimisme. Après une ouverture en fanfare lundi matin, les Bourses européennes, tout comme celle de New York, sont retombées dans le rouge, les doutes l’emportant au final. Quelque deux semaines après l’annonce d’un plan de sauvetage de la Grèce de près de 160 milliards de dollars, les Etats-Unis ont annoncé lundi un compromis prévoyant un relèvement du plafond de la dette d’au moins 2.100 milliards de dollars, pour permettre au Trésor de faire des emprunts après le 2 août et assurer au gouvernement de tenir jusqu’en 2013, soit après les élections. S’ils parlent d’un accord «a minima», les économistes estiment toutefois qu’il permet à Washington de retrouver un semblant de crédibilité d’emprunteur sûr et fiable, à condition bien sûr que cet accord soit avalisé par le Congrès, ce qui est encore loin d’être acquis. «Les Etats-Unis sont un pays solvable, contrairement à nombre de pays européens», tranche Inna Mufteeva, spécialiste des Etats-Unis chez Natixis. S’ils abondent dans son sens, François Duhen et Benoît Rodriguez de CM CIC relèvent que ce compromis «n’engage pas (pour autant) l’Amérique sur un chemin clair de maîtrise des déficits». Subsistent en effet des problèmes de fond: comment Washington entend-il maîtriser ses coûts dans les années à venir: Hausse des impôts ? Réduction des programmes sociaux comme l’assurance santé ? En conséquence, «il n’est pas certain que cet accord suffise à éviter une dégradation de la note par les agences de notation», avancent les analystes de Barclays Capital. MM. Duhen et Rodriguez sont moins pessimistes. «Ce compromis devrait permettre aux Etats-Unis de conserver leur note triple AAA à court terme (car) la mise en place de mécanismes automatiques de contrôle des déficits, s’il est validé, aura un impact positif sur la crédibilité, mais tout dépendra de l’ampleur des coupes concernées», avancent-ils. En zone euro, le deuxième plan d’aide de la Grèce a beaucoup plus de mal à rassurer complètement, malgré des mesures exceptionnelles comme une extension du domaine d’intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Il «ne sert qu’à gagner du temps et à éviter un étouffement économique immédiat», fustige Jean-Christophe Caffet, spécialiste de la zone euro chez Natixis. «Le risque de contagion reste élevé car l’arme (le FESF) censée calmer n’est pas opérationnelle aujourd’hui», convient Emile Gagnat de Dexia AM. D’autant que les différentes parties ont «pris soin de souligner que les mesures exceptionnelles accordées à la Grèce (…) s’appliquaient exclusivement à ce pays et n’étaient pas immédiatement transposables aux autres pays de la zone euro menacés», souligne Christian Schmidt, enseignant à l’Université Paris-Dauphine dans Les Echos. Pour M. Caffet, la zone euro a mis en place des «solutions de bricolage, insuffisantes pour aider un grand pays comme l’Espagne ou l’Italie», qui présentent l’un comme l’autre des niveaux d’endettement importants. «La solution est simple: donner des gages en s’engageant via l’adoption de règles d’or budgétaires à mettre en place des politiques d’austérité dans les dix ans à venir», avance Charles Wyplosz.

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