Dossier : De la tension dans l’air

Dossier : De la tension dans l’air

Les Marocains ne pensaient plus revivre les années de coupures répétitives d’électricité comme auparavant. Et pourtant, cela s’est reproduit, le lundi 30 août, dans au moins deux villes au Maroc: Casablanca et Marrakech. La capitale économique a connu une coupure, d’au moins sept minutes, ayant touché des quartiers de première importance, Mâarif et Anfa. Quant l’origine de cette panne, les différents acteurs se rejettent la responsabilité. Le concessionnaire d’électricité à Casablanca, Lydec, dégage toute responsabilité.
L’Office national de l’électricité (ONE) assume parfaitement un court problème de transport et ne veut surtout pas laisser entendre qu’il s’agissait d’un délestage comme prétendu par les autres acteurs de la filière (cf. entretien avec le directeur général de l’ONE). Certains vont jusqu’à parler d’une panne de production émanant du concessionnaire à Jorf Lasfer, JLEC. Contactés par ALM, les responsables de la centrale électrique, dans la pure tradition anglo-saxonne exigent des questions écrites…Tout en se réservant le droit de ne pas y répondre si elles sont gênantes ! A l’heure où nous mettions sous presse, aucune réaction de JLEC n’est à enregistrer.
Cette situation pose avec insistance l’indispensable régulation devant accompagner la libéralisation annoncée du secteur éléctrique marocain. La responsabilité, en cas de manquement n’est pas clairement identifiée. Surtout, la sécurisation de l’approvisionnement doit être assurée.
Dans le détail, Jorf lasfar a lui seul réalisé en 2002, 60,4 % des besoins nationaux en électricité notamment à travers le consortium helvético-américain ABB-CMS.
La participation de l’ONE à la production de l’électricité nationale a enregistré une baisse significative entre 1998 et 2003 passant de 55,4 à 32,3% en raison de l’amélioration de la contribution des concessionnaires (de 40,8% à 58%) et des importations (de 3,5% à 9,3%) à la satisfaction de la demande nationale en électricité. L’auto-production de l’électricité garantie par certains industriels (Office chérifien des phosphates, Sucreries nationales, cartonneries, raffineries, Cellulose du Maroc) a, quant à elle, enregistré un léger recul passant de 0,5 % en 1998 à 0,3 % en 2003. De par le monde, les origines des crises d’électricité sont clairement identifiées, estime une étude, datant de mars 2004, de la direction de la politique de l’économie générale, relevant du ministère des Finances. Les crises d’électricité déclenchées essentiellement dans les pays libéralisant à 100 % leur secteur d’électricité (Californie, New York, Canada, Royaume-Uni, Danemark, Suède) ont eu des effets négatifs sur l’économie et la stabilité sociale. Les causes de ces crises ont trait à l’insuffisance de l’offre en électricité, principale cause de la flambée des prix auprès des gros consommateurs (Californie et Royaume-Uni). Les fournisseurs ont été obligés de s’approvisionner à partir d’une bourse d’électricité et ce, en absence des contrats à long terme et des réserves d’approvisionnement équilibrant l’offre à la demande. Une autre cause porte sur le déséquilibre financier déclenché entre le marché libre et le marché régulé suite à la fixation des prix de l’électricité au niveau des particuliers indépendamment de l’évolution des cours de l’électricité dans le marché financier.
L’insuffisance de l’offre en moyens de production et de transport et la vétusté du réseau qui ont facilité la détérioration de l’infrastructure surchargée avec l’augmentation de la demande de l’électricité. Cela est dû à la séparation entre les activités liées à la gestion des réseaux et leur maintenance (exemple de la Californie) et la responsabilisation du secteur privé quant à la réalisation des investissements nécessaires sans aucun contrôle de l’Etat.
Ces crises, notamment en Californie, ont montré l’insuffisance du libre jeu de la concurrence dans la détermination de l’équilibre entre l’offre et la demande en matière d’approvisionnement et de prix. Elles ont révélé la nécessité de la mise en place d’un marché d’électricité intégré en termes d’organisation, de régulation, de libéralisation et de coopération entre les opérateurs. En d’autres termes, précise l’étude, les crises d’électricité ont prouvé l’efficacité des marchés contrôlés (encadrement de la concurrence en terme de prix et de quantité) dans l’assurance de la continuité du service public.
Au plan national, l’ONE constitue le principal opérateur du secteur de l’électricité. Il intervient au niveau de la production, du transport et de la distribution et veille au respect de l’équilibre entre l’offre et la demande.
Dans le souci de répondre aux exigences de la compétitivité et de la promotion industrielle, un ensemble de réformes relatives à l’amélioration des modalités de gestion et de fonctionnement du secteur a été adopté.
Dans le cadre de la modernisation du secteur et de sa libéralisation attendue pour 2005, il est prévu de mettre en place un marché libre et un marché réglementé avec des possibilités d’échange en matière d’approvisionnement entre ces deux marchés. Le premier marché serait destiné aux gros consommateurs (haute et très haute tensions) et les clients alimentés en moyenne tension. Le second desservirait les clients de la basse tension et continuerait à être garanti et protégé par l’ONE. Ces deux marchés seraient soumis au système fiscal et partageraient l’accès au réseau de transport de l’opérateur historique.
Pour améliorer l’efficience des monopoles naturels et veiller au bon fonctionnement des mécanismes de la concurrence loyale, un mécanisme de régulation devrait être mis en place. Ce dernier devra prendre les mesures nécessaires pour protéger les intérêts des utilisateurs et des opérateurs, instruire les demandes de licences et mettre en oeuvre les procédures d’attribution. Il est plus qu’urgent de mettre sur place une telle plate-forme. Le tissu économique, en mise à niveau perpétuelle, en serait mieux assisté.

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