Dossier : Un secteur dans le couloir de la mort

Il y a environ 250 cliniques privées au Maroc. La plupart sont sous perfusion, certaines maintenues en respiration artificielle par des fournisseurs, d’autres sont en convalescence sous le regard vigilant des assurances. Toutes ne sont pas logées à la même enseigne, celles situées sur l’axe Casablanca-Rabat s’en sortent mieux d’où d’ailleurs la forte concentration sur cette zone.
Ce chiffre ne renseigne pas sur un phénomène qui rythme la vie du secteur : les ouvertures et fermetures des petits établissements, victimes de divers aléas. C’est que, souligne le président de l’Association des Cliniques privées au Maroc, le docteur Farouk Iraqi, “nous faisons face à une fiscalité très lourde qui n’encourage pas à l’investissement ». Ce ne sont pas les doses homéopathiques décidées ça et là qui vont changer la donne.
À titre d’exemple, la TVA est supprimée depuis deux ans, mais elle subsiste de manière indirecte sur l’importation du matériel médical. Le patient retrouve donc forcément cette taxe dans sa note. Bien que réaménagée, avec une exonération de 5 ans pour les nouveaux établissements, la patente reste de loin la bête noire des cliniques privées au Maroc. En moyenne, un investissement de 15 millions de dh pour une petite unité paye 500.000 dirhams par an. Une grande clinique privée qui à pignon sur rue à Casablanca doit débourser jusqu’à 1,8 million de dh pour ce poste. Inimaginable dans n’importe quel autre secteur. Entre la patente administrée à forte dose, les charges patronales et les coûts d’investissements, la rentabilité est difficile : «Demandez-nous plutôt combien de temps nous résistons avant de fermer» s’exclame M. Iraqi. Et d’ajouter : ‘ Ce métier ne peut pas s’exercer dans la rue. Nous sommes obligés de concéder de lourds investissements, si on veut exercer».
En matière de traitement fiscal, une clinique n’est pas loin d’une entreprise textile, partiellement exonérée à l’export, un champ de betterave, préservé de toute taxes, tout comme certaines industries comme la pêche ou encore le tourisme. Nombre de Marocains pensent, à juste titre parfois, que les cliniques sont chères. Pourtant fait remarquer un cardiologue, il suffit d’y voir de près pour se faire une idée. « Le loisir coûte plus cher que la santé », lance-t-il. Si une clinique donne au fisc beaucoup plus qu’un hôtel cinq étoiles, les prix sont plus chers dans les hôtels. Mais si une nuitée en pension complète dans n’importe quel établissement de luxe se négocie au-delà des 1 000 dirhams, pour la clinique, une chambre bien équipée, prestations comprises, ne dépasse pas 400 dh en pension complète. D’autant que M. Iraki estime le coût d’investissement moyen pour une chambre à 700 dirhams par jour. Qui supporte donc la différence, sachant que le nombre de lits occupés dans une clinique évolue dans la fourchette de 20 à 50% ? En tout cas pas l’Etat, précisent les médecins qui ne savent plus s’il faut, à l’image du ministère de la Santé, lâcher la bride aux prix, ou continuer à résister sans visibilité avec, à la clé, la faillite. En attendant, ce sont eux qui payent la différence, soit 300 dirhams, qui représente le prix à payer pour survivre. Ce problème des cliniques est vu autrement par un cadre du ministère de la Santé qui, sous couvert de l’anonymat, souligne «les rapports entre les cliniques, devenues dans beaucoup de cas de simples locations de plateaux et les employés, médecins notamment.»
La problématique du prix est inhérente au secteur. Les tarifs sont fixés par la convention collective signée par l’Association nationale des cliniques privées, le syndicat des médecins, les différents prestataires, avec un regard de l’Ordre. Aujourd’hui près de 99 % des tarifs sont préétablis. Cette convention collective sera-t-elle mise au service de l’Assurance Maladie Obligatoire ? L’AMO, disent les médecins, est une bonne chose à condition, toutefois, qu’elle voie le jour.
Aujourd’hui encore, les textes d’application de ce grand projet ne sont pas sortis des lambris ministériels. Les médecins disent n’avoir, en outre, aucune visibilité sur certains volets comme l’accompagnement financier. Les cliniques devront continuer à s’alimenter sous perfusion en attendant une hypothétique réanimation qui viendrait des pouvoirs publics.

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