Driss Benali : «Le gouvernement actuel va laisser derrière lui une facture très salée»

Driss Benali : «Le gouvernement actuel va laisser
derrière lui une facture très salée»


ALM : Comment l’augmentation des salaires peut-elle influer sur la balance commerciale?
Driss Benali : En toute logique, quand les salaires augmentent et que la productivité est faible, ça se répercute directement sur la balance commerciale. C’est-à-dire que nos produits deviennent de moins en moins compétitifs à l’échelle internationale et nos coûts augmentent. Cependant, l’augmentation des salaires n’aura un effet bénéfique sur l’économie qu’à partir du moment où la productivité augmente. Une augmentation des salaires sans augmentation de la productivité mettra le Maroc dans la même situation des pays socialistes qui se sont effondrés économiquement. Ils se sont retrouvés à faire du social, au lieu de faire de l’économie. Il faut toujours distribuer un gâteau qui est grand et qui croit et non un gâteau qui tari ou qui n’augmente pas.

Quel impact cela peut-il avoir sur le marché de l’emploi?
Cela va engendrer un coût du travail plus élevé ce qui n’est pas destiné à encourager les entrepreneurs à recruter davantage.

À quel niveau l’investissement direct sera-t-il touché?
Tout est lié en fin de compte, si le coût du travail est cher et que la productivité est faible, il est normal que l’investissement direct en prenne un coup, l’investisseur sera automatiquement découragé. Mais toutefois, ça dépend du secteur d’activité de l’investisseur.  Quand il s’agit d’un investissement lié au marché interne, il est peut-être possible que ça marche parce que le pouvoir d’achat va augmenter. Alors que si c’est un secteur lié directement à l’exportation, l’augmentation des salaires devient un handicap.Au Maroc, comme nous avons une valeur commerciale qui n’arrête pas de dégringoler et qui, selon le HCP, va poursuivre son déclin avec un solde commercial qui va passé de 0,46 en 2011 à 0,64 en 2015 à cause de l’augmentation des salaires, il faut s’alarmer. C’est beaucoup, voire dangereux même. Ensuite, quand les ménages verront leurs revenus augmenter, ils vont se rabattre sur les produits d’importation, ce qui va réduire forcément nos réserves en devises.  C’est une chaîne où tout est lié, le revenu, la consommation, l’inflation, l’équilibre macro-économique et la balance commerciale. L’augmentation des salaires aura des répercussions directes sur l’ensemble de l’économie.

Quels sont les points positifs de l’augmentation des salaires sur le consommateur?
L’augmentation des salaires sera bénéfique à l’économie si, comme je l’ai dit plus haut, la productivité est élevée. Concernant le consommateur, la condition pour bien profiter de l’augmentation des salaires est que l’inflation soit maîtrisée. Il ne faut pas relever le pouvoir d’achat de sorte à avoir des répercussions énormes sur les prix. Ça revient à donner un coup de pied dans l’eau, on lâche d’un côté, pour récupérer de l’autre. L’Etat doit donc maîtriser l’inflation pour garantir une augmentation réelle des revenus des consommateurs.

Quelle lecture faites-vous de la dernière publication du HCP?
Je ne peux pas me prononcer au sujet sur une simple simulation faite à partir de chiffres donnés. Il ne s’agit pas d’une politique économique ou de propositions au gouvernement, c’est une étude et elle reste neutre. Une simple photographie de ce qu’est l’économie aujourd’hui et de ce qu’elle risque de devenir dans les deux ou trois années à venir.

Dans ce cas, quels enseignements devrait-on en tirer?
Cette note du HCP est censée attirer notre attention sur certaines inquiétudes à l’horizon, la valeur commerciale qui dégringole, les équilibres macroéconomiques qui risquent d’être, sérieusement, perturbés et la petite crise des finances publiques en perspective. C’est-à-dire que le gouvernement actuel va laisser une facture assez salée au gouvernement qui va venir après. C’est surtout ça. Aujourd’hui, l’État achète la paix sociale en employant beaucoup de mesures politiques, mais, la facture sera payée dans l’avenir. Le gouvernement qui va venir après devra opter pour une politique de recouvrement, voire une politique d’assainissement, à savoir une politique d’austérité qui de nature n’est pas très populaire.

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