Dure sera la relance

Il aura donc suffi d’attendre pour que les attaques américaines aient effectivement lieu contre l’Irak. En passe de détruire un pays riche par son pétrole, mais appauvri par un régime dictatorial et des convoitises étrangères, cette guerre ne sera pas sans incidences, d’une gravité considérable, pour le Maroc. Un point de presse a été organisé, mercredi dernier à Casablanca, par le Centre marocain de conjoncture (CMC) afin d’apporter un éclairage sur les répercussions de la crise irakienne sur les perspectives de croissance de l’économie nationale pour l’année en cours. Il en ressort une bonne tenue du compte extérieur national en 2002, avec un matelas financier confortable de 104 milliards de DH, un PIB en hausse de 4,5% mais une détérioration des finances publics avec une baisse de 17% des recettes. Les responsables du CMC relèvent un déficit de quelque 20 milliards de DH et un manque d’effort pour résorber les arriérés. Ceci, à l’heure où « la bourse de Casablanca continue à subir la déprime qui l’a affectée en 1999 », peut-on lire dans un document du Centre. Des pertes estimées à environ 65 milliards de DH en l’espace de quatre ans. 
Ayant établi ses prévisions en fonction de ces différents éléments en juin dernier, le CMC a depuis revu ses comptes. Et pour cause. Deux facteurs nouveaux sont entrés en ligne de compte. Le premier n’est autre que la conjoncture internationale actuelle, marquée par les effets qui commencent déjà à se faire ressentir à cause de la guerre menée par l’Oncle Sam contre Bagdad. Le deuxième a trait à la pluviométrie. Ce nouveau contexte se traduira, en cas d’une guerre ne dépassant pas six mois, par une baisse des prévisions de croissance qui de 5,8 % passerait à 4,1%. Un manque à gagner de 1,7% doublé d’une baisse de plus de 2% de la consommation des ménages et de 2,6% en investissements. Idem pour l’évolution moyenne du PIB des pays partenaires du Maroc.
La croissance du commerce mondial serait au terme de 2003 de l’ordre de 5,4% avec un ajustement à la baisse de 1,1% par rapport aux premières prévisions. D’un autre côté, la parité du Dirham, qui a profité à sa dévaluation des performances de l’euro, serait plus favorable aux exportations marocaines d’environ 15% sur la zone euro. Le prix de pétrole, quant à lui, resterait tout au long de l’année 2003 au-dessus de 30 dollars le baril. Le prix moyen actuellement est de 35 dollars par baril. « La situation des stocks, l’attitude des pays de l’OPEP et les différents enjeux politiques ne changeraient rien à cette situation et pourrait en même l’exacerber », note-t-on auprès du CMC. Pluviométrie aidant, la production céréalière devrait dépasser les 55 millions de quintaux prévus initialement. Le secteur du bâtiment et des travaux publics devrait également bien se porter, même si le secteur, notamment dans les grands travaux d’infrastructure accuserait inéluctablement un retard quant à l’exécution des projets, notamment de logements sociaux, en cours. La fragilité des finances publiques et la baisse certaine du pouvoir d’achat en sont les principales causes. Le déficit budgétaire ramené au PIB s’établirait autour de 3,9%. L’évolution de l’indice des prix à la consommation serait de l’ordre de 3,6% alors que la consommation réelle des ménage ne dépasserait guère les 0,9% par rapport à 2002. Le repli de la demande extérieure ne serait pas sans fâcheuses conséquences pour plus d’un secteur industriel, notamment le textile, l’agroalimentaire et l’artisanat. Ce sera aussi le cas pour le secteur minier. L’activité touristique, le secteur aérien seraient également touchés par la crise. De même pour le déficit commercial qui s’aggraverait à cause de la facture pétrolière et la hausse attendue des prix à l’importation. « Ce léger dérapage pourrait être atténué par la reprise que connaîtraient les exportations des produits de la pêche », précisent les responsables du CMC. En effet, les taux de croissance enregistreraient une hausse respective 5,1% et 5,4% en valeurs, en imports et en exports. C’est dire que le pays est déjà entré dans une zone de turbulence qui risque de faire essuyer plus d’une perte à une économie qui renaît à peine de ses cendres.
De quoi être en retard face à un train de démantèlement tarifaire et de compétitivité qui ne profiterait qu’à ceux qui démantèlent le monde en fonction de leurs intérêts.

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