Eclairage : Réconcilier marché et solidarité

Souvenez-vous de l’euphorie boursière des années 1990. Les investisseurs pensaient vraiment qu’elle serait durable. Actuellement, les prémices d’une reprise réapparaissent. Cette fois-ci, aux dires des spécialistes, cette reprise diffère des quelques soubresauts qu’a connus la bourse lors de la fameuse baisse entamée depuis fin 1998. Un important changement de mentalité s’est produit. Le marché n’est plus en anticipation baissière. Toutefois, revenir sur les raisons de cette baisse qui n’a que trop duré s’impose afin d’en tirer les enseignements utiles pour l’avenir. S’il est vrai que le déphasage entre la sphère économique et la sphère financière était grand, dont le paradoxe fut atteint en 1997 avec une croissance économique en chute libre à –2%, alors que le marché boursier caracolait à…+49,29%, il n’en demeure pas moins qu’un ensemble de mesures y a largement contribué. Depuis le programme d’ajustement structurel, par ailleurs réussi, et processus de libéralisation entamé dès 1993 mais surtout le programme de privatisation, l’intérêt pour la Bourse a pris place. Depuis, coïncidant avec le premier gouvernement d’alternance, un retours à la case de départ, ou presque, s’est opéré, sous le regard passif, des fois complice, de l’autorité de tutelle : le ministère des Finances. L’économie tant habituée à un réglage sur mesure de ses différents stimulants par une vingtaine de technocrates maîtrisant parfaitement leurs dossiers (politique des taux, privatisation, libéralisation, changes, mondialisation…), a eu du mal à s’adapter à l’alternance politique. La technicité de Mohammed Kabbaj, Driss Jettou, Mourad Chérif, Driss Behima, Abderrahman Saidi, n’est pas étrangère aux performances boursières réalisées en 1994 et 1998. Depuis, les mesures et contre-mesures se sont succédées. L’instauration de la Taxe sur les plus-values, en juillet 1999, en est l’illustration parfaite. Au-delà de la vision dogmatique, légitime jusqu’à un certain degré, qui peut animer un gouvernement, se rendre à l’évidence que les marchés financiers sont un tout indivisible et non des compartiments étanches s’impose. Des réajustements techniques doivent continuellement accompagner l’évolution du marché. S’il est vrai que l’argentier du Royaume Fathallal Oualalou avait les yeux rivés sur les données macro-économiques, il continue, néanmoins, de ne pas faire de la Bourse une priorité. Une grande clarification, d’ailleurs déjà réalisée par les socialistes du reste du monde, visant un mariage raisonné du libéralisme et du social est désormais une nécessité. Réconcilier marché et solidarité, en créant d’abord un marché avant de ne penser à le taxer, est un passage obligé. Une mise à jour des approches punitives faisant que « les riches doivent payer », est largement dépassée. Avec seulement 53 sociétés cotées contre 30.000 porteurs physiques, ces chiffres restent très dérisoires. Des solutions ne demandent qu’à être expérimentées. Le report du fameux plan d’épargne en actions (PEA) est à reconsidérer. La reconduction de la carotte fiscale dans la loi de finances pour l’introduction en Bourse, comme il a été le cas ces dernières années, est une nécessité. Ce sont là de bons leviers pour une bourse en mal de Fonds !

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