Economies d’énergie : L’Europe encore à la traîne

Haro sur les maisons mal isolées et les congélateurs préhistoriques: les Européens se sont engagés à faire des économies d’énergie draconiennes pour enrayer le réchauffement climatique, mais Bruxelles a des doutes et envisage de rendre cette promesse obligatoire. Le commissaire à l’énergie, Andris Piebalgs, a lancé jeudi ce ballon d’essai, plutôt audacieux, devant les ministres européens chargés du dossier, réunis dans les montagnes de la petite station de Aare (centre de la Suède). Les premières réactions ont été «mélangées». Certains pays trouvent que leurs devoirs environnementaux et énergétiques sont déjà assez lourds. L’UE s’est engagée en décembre dernier sur un triple objectif pour 2020: réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20% par rapport à 1990, porter à 20% la part des énergies renouvelables dans la consommation et réaliser 20% d’économie d’énergie. Ce dernier objectif est le seul à être volontaire, ce qui signifie que les Etats ne peuvent pas être mis à l’amende. Doit-il devenir obligatoire? Le Parlement européen y est favorable. «Les ministres n’ont pas rejeté l’idée, à condition qu’elle soit pensée de manière astucieuse», a retenu jeudi le commissaire Piebalgs, qui va présenter fin novembre «un plan ambitieux». «D’un point de vue suédois, cela serait une bonne chose», avance la ministre suédoise de l’Energie et des Entreprises, Maud Oloffson. Seul obstacle majeur: «Il est très difficile de trouver une manière de mesurer cette efficacité énergétique», note-t-elle. Sans une certaine pression dans ce domaine, les Européens pourraient échouer à réduire le niveau des gaz à effet de serre de 20%, s’inquiète une source au sein de la Commission. Jochen Homann, secrétaire d’Etat allemand à l’Economie et à la Technologie, se dit «sceptique», préférant se concentrer sur les objectifs déjà fixés. Plus ouvert, Claudio Scajola, le ministre italien du Développement économique, juge que l’Europe a besoin d’un «nouveau cadre» pour améliorer l’efficacité énergétique. Pour faire des économies, il faut avant tout rendre les bâtiments, les transports, les systèmes de chauffage ou encore les appareils électroménagers «plus efficaces», pour qu’ils soient moins gourmands en énergie. Depuis 2006, les Etats européens doivent présenter des plans d’actions nationaux sur l’efficacité énergétique. Bruxelles juge notamment que les incitations financières sont encore insuffisantes pour créer une véritable dynamique. Un propriétaire sera a priori peu enclin à investir dans l’isolation d’un immeuble, car il ne paie pas les factures d’électricité des locataires. Au fil des ans, l’Europe se dote néanmoins de normes communes, parfois radicales. L’UE a ainsi fixé un calendrier pour bannir progressivement des maisons les ampoules traditionnelles, détrônées par les lampes de nouvelle génération, consommant jusqu’à cinq fois moins d’électricité. Des étiquetages énergétiques européens sont étendus à de plus en plus de familles de produits. Ils aident les consommateurs et permettent de bannir des appareils obsolètes. Les ministres de l’Energie ont discuté jeudi de la création d’un véritable «label énergétique» européen pour les constructions, devant figurer dans les publicités de vente et dans les documents officiels du bien. Car actuellement, 40% de l’énergie consommée en Europe concerne le secteur du bâtiment, qui génère 36% des émissions de CO2.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *