Erfoud, perle du désert marocain

Erfoud, perle du désert marocain

L’exigence de lucidité appliquée à toutes les dimensions cachées que recèle le Sud-Est marocain conduit au même constat : le silence, la sérénité et la pérennité de l’espace-temps civilisationnel constituent une belle mélodie du bonheur longtemps perdu, mais qui reste cependant accompagnée d’une splendide suave musique de fond.
Erfoud, destination pressée par des touristes d’origines cosmopolites, n’est probablement pas recherchée pour elle-même, mais parce qu’elle fournit un très bon prétexte pour partir. C’est un point de départ vers de nouveaux horizons en quête de trésors subtiles et imprévisibles du Grand-Sud : le Sahara avec tout ce qui peut l’entourer d’énigme et de mystère combien difficiles à élucider.
Nonobstant, c’est le lieu où l’on peut constituer le puzzle d’une civilisation qui remonte à l’aube des temps et qui demeure hermétiquement intacte face à la standardisation des formes de représentation des cultures.
Il importe d’abord de comprendre le monde du désert dans son originalité, même à l’intérieur du vaste monde éblouissant des sens qui rejaillissent de toute part. Il importe surtout de saisir comment l’expérience touristique d’aventure en plein désert est vécue dans la pratique quotidienne et dans la pensée de tout un chacun ensorcelé par la plénitude et le silence expressif du désert. Malgré le chambardement des civilisations modernes, les opérateurs du tourisme à Erfoud ont pu créer leur propre clientèle grâce au fondement d’une culture ancestrale qui a su faire face aux offres des temps et qui refuse de s’évanouir dans une civilisation des loisirs et contribue ainsi à l’affirmation du caractère original du Sud-Est marocain.
Les touristes qui se rendent à Erfoud ont en commun le fait d’être hors de leur horizon habituel, car le changement géographique est radical. Il offre une occasion de vivre dans un lieu tout à fait hors de l’ordinaire qui permet d’échapper aux rythmes journaliers de la vie en ville. Le fait d’admirer le lever ou le coucher du soleil sur les dunes de sable, à Merzouga, et de se délecter au spectacle du clair de lune est considéré comme un espace-temps onirique, différent de l’espace-temps de la vie ordinaire pour lutter contre le stress qui est le mal le plus dangereux du siècle.
S’aventurer dans le désert nous oblige à saisir le paysage sous tel ou tel angle. A cet effet, des guides autochtones sont là, pour orienter le regard et révéler ce qu’il faut voir quand on ne peut pas s’en apercevoir. Il va sans dire qu’au-tour du désert la littérature a créé des univers symboliques, ce qui provoque le désir de voir de ses yeux les lieux chantés pour y revivre les émotions ressenties par les poètes et les écrivains ravis par les chants du désert. On ne voit pas simplement le paysage comme il apparaît sous nos yeux, mais on peut vivre l’histoire qui nous suggère un itinéraire ainsi qu’un mode d’appréciation du paysage.
Ce sont également des moments de réelle excitation quand le touriste retrouve les curiosités qu’il s’est mis à rechercher de plus en plus sur les traces de vieilles civilisations, moeurs et coutumes locales qui continuent à se perpétuer grâce à l’authenticité locale, essentiellement non écrite et souvent imperceptible.
Autrement dit, il s’agit des moments frénétiques ou poétiquement enivrants, c’est-à-dire de temps forts. Ainsi, le désert a, lui aussi, ses adeptes et se amoureux fanatiquement imperturbables.
Toutefois, les professionnels se voient obligés de s’engager dans des tâches de planification, de développement, d’aménagement du territoire, de marketing et de promotion qui exercent de très fortes pressions sur la clientèle cible, tout en pensant à la protection des sites culturels sans les dénaturer ni les détourner de leur signification originale, et en évitant leur muséification, c’est-à-dire, leur cristallisation qui les transforme, tout simplement, en une chose à voir.
La pénétration dans l’épaisseur des cultures locales ne doit pas empêcher la continuation du processus culturel d’évoluer. Quoi qu’il en soit, l’expérience touristique du Sud-Est marocain demeure insaisissable et c’est là où réside son charme.
En somme, les dimensions culturelles du tourisme expliquent pourquoi celui-ci constitue un des défis majeurs de ce début du siècle. C’est dans ce sens là qu’on tire la sonnette d’alarme aux acteurs et opérateurs du secteur, dans la mesure où ils oublient souvent des dimensions importantes, telles que les exigences et les attentes de la clientèle, ce qui remet, dans la plupart des cas, nos campagnes publicitaires en question, même si la publicité et la promotion jouent un rôle essentiel et déterminant dans le choix des destinations ; elles sont des invitations officielles à venir visiter.
C’est pour ces raisons-là qu’il ne faut pas perdre de vue que le tourisme est un phénomène économico-social de premier ordre, mais dont le système immunitaire est souvent fragile et aléatoire.
De ce fait, il y a lieu de repenser les prestations aux clients et de revoir les façons dont elles sont présentées, pour ne pas choquer, ni décevoir ces consommateurs, combien exigeants, aujourd’hui où leurs craintes sont multiples. Ils craignent l’avion, la nourriture, les maladies, le terrorisme, etc, etc.
Par conséquent, il est essentiel de se mettre au diapason des aspirations actuelles de ces consommateurs potentiels, en étant convaincu que l’erreur n’est plus permise ; et toute mauvaise réaction sera fatale pour notre tourisme. Aussi faut-il se dire, en tant qu’opérateur et en tant qu’acteur direct, qu’il est impératif d’oublier ce qu’on a l’habitude de faire, pour donner satisfaction aux exigences des clients du 3éme millénaire.

• Salah Chakor
Directeur de l’I.T.H.T.de Ouarzazate Ecrivain et consultant en tourisme

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