Essaouira dans le vent

Essaouira dans le vent

Il y a sept ans, Essaouira était un petit port de pêche livré aux alizés et déserté même de ses mouettes. Aujourd’hui, les choses ont changé. En trois ans, le prix du mètre carré à flambé, des hôtels et des maisons de charme ont vu le jour. Bien évidemment, tous ne sont pas du même standing, la destination s’apprête plus à de petits établissements de bonne facture qu’à des superstructures dont le remplissage peut s’avèrer périlleux. Mais la vraie locomotive, c’est le Sofitel Mogador et son institut de thalassothérapie fréquenté par une certaine clientèle. L’établissement du groupe Accor comble un immense besoin dans une des rares destinations touristiques où les cinq étoiles ne fleurissent pas.
Dans la vieille ville qui conserve intacte son architecture, se développe des bars à thème, des galleries-restaurants, des bars-restaurants-galleries, le choix est varié. Endroits à succès, le Taros et ses interminables marches, ses soirées décontractées, ses improvisations, son monde qui ne dort jamais. Le tout tenu d’une main de maître par le propriétaire des lieux qui fait plusieurs navettes la nuit, entre la terrasse et la boîte de nuit, histoire de veiller sur son monde. Que ne dit-on pas sur ce café Taros, machine à succès, machine à sou, bazar de luxe, boutique de mode…Les persifleurs accompagnent souvent le succès.
Bref, de l’avis de ceux qui y allaient autrefois, le Taros, qui a changé de main il y a quelques temps, est loin de sa première nature.
Loin de cette ambiance festive, le contraste est offert par la quiétude de la Villa Quietta, située à l’entrée de la ville dans un cadre de zelliges, de fontaines et de jardin. Dans la ville, en face des arcades de la Médina, la galerie Damgaard continue de faire parler d’elle. Il est vrai que le mentor, Frédéric, qui reçoit toujours les célébrités sur le pas de sa porte, a eu du mal un certain temps à concilier la froideur naturelle baltique et l’humeur méditerranéenne. Un livre ne suffirait pas pour décrire la complexité des rapports qu’entretient le personnage avec les artistes locaux, autodidactes pour beaucoup. Cliente de renom aperçue dernièrement, lors du Festival d’Essaouira, Son Altesse impériale Shahbanou Farah Pahlavi. Celle qui est communément appelé Farah Diba s’est attardée longuement devant les toiles exposées vendredi, guidée par Frédéric Damgaard.
D’autres établissements aussi exhibent la liste de leurs célébrités qui les visitent régulièrement. Cas du Goeland Gourmand ou, dit-on, Albert Grimaldi de Monaco avait un temps fait une halte. Mais cela suffit-il à en faire de cette carte un summum ? Passons.
Villa Maroc située à l’intérieur des remparts, lieu de rendez-vous des artistes avec ses petits salons et ses escaliers compliqués où l’on se perd facilement, présente une cuisine bonne sans prétention et des tarifs de séjour nettement au-dessus de la moyenne locale des maisons d’hôtes. D’autres endroits font parler d’eux autrement. La terrasse du Calao est nettement plus reposante mais moins animée que le Chalet de la plage qui stagne au soleil. La Licorne ne verse pas dans la folie des tarifs tirés vers le haut.
Etablissement situé du côté de la Scala avec un menu simple et sans surprise. Loin de la Médina, le Riad Zahra tente de s’affirmer. Exercice difficile pour cette maison de 20 chambres tenue par un couple maroco-canadien venu récemment dans l’arène touristique avec une approche novatrice. Inconnu des Marocains, l’endroit s’est vu tressé une couronne par un guide anglophone. Le maître des lieux, qui exhibe l’article en question chaque fois qu’il est nécessaire, tient lui même à serrer la main de ses clients et ne rate jamais le petit bonjour du matin.
D’autres endroits évitent scrupuleusement de verser dans la mode des soirées bruyantes. Cas du Riad Bleu Mogador de Dar Kébir entre autres.
Mais toute cette belle brochette de maisons de luxe, d’hôtels et d’idées est malheureusement enclavée. L’aérien est encore un handicap. Lors du dernier Festival Gnaoua, l’affrètement d’un avion par Atlas Voyages a un tant soit peu pallié cette carence.
Pourtant si les dessertes aériennes ne font pas légion, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les initiatives ont été nombreuses, toutes n’ont pas survécu à la basse saison, l’hiver souiri est rude.
Ainsi, le vol direct qu’avait lancé la RAM au départ de Paris n’a pas fait long feu. Vite abandonné pour d’évidentes raisons de rentabilité, il a fait place à d’autres initiatives comme l’éphémère package week-end lancé entre le groupe Accor et Regional Airlines, formule alléchante sur le papier mais qui n’aura pas fait long feu. Finalement, malgré l’intérêt grandissant, Essaouira est restée une citadelle inaccessible aux touristes. Par route, le transfert se fait sur 7 heures de temps depuis Casablanca, 2h30 à partir de Marrakech et autant sinon plus d’Agadir. Seule éclaircie à ce niveau d’après les promoteurs de la ville, le vol charter mis en place depuis Paris par les TO Royal Tours et Safar Tours. Chaque vendredi, des touristes français pour la plupart arrivent, d’autres repartent sans avoir eu à passer par Casablanca. Ici, Kounouz Biladi n’est pas encore à la cote. Malgré toute la promotion mise en place depuis Rabat, des établissements de catégorie trois étoiles (vendus à 350 dirhams en moyenne) disent ne pas être au courant. L’espoir demeure cependant pour l’avenir. La région d’Essaouira est considérée comme zone d’importance méditerranéenne pour sa biodiversité et sa couverture forestière (43% de la superficie totale)..
La province fait partie d’un réseau de 4 sites, les trois autres se situant en Tunisie, en Turquie et au Liban, bénéficiant tous d’un programme financé par la Commission européenne.
Ce projet est dirigé par l’ONG Enda Maghreb. Reste à assurer la pérennité pour que cette biodiversité survive à la machine touristique. On parle d’une soixantaine d’établissements nouveaux ou rénovés depuis le lancement du Festival Ganoua et musiques du monde.

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