Evasion : sur les traces d’Ataturk

De plus en plus d’agences de voyages s’intéressent à la Turquie. Inaccessible encore il y a quelques temps, ce pays est l’une des destinations les moins chères vendues au Maroc. La semaine peut coûter selon les disponibilités moins de 6000 dirhams. La ville d’Istanbul est parmi les plus prisées.
Avec comme porte d’entrée l’aéroport international Ataturk , Istanbul perpétue, comme la plupart des villes du pays, la mémoire de Mustapha Kemal Ataturk. Celui qui est considéré comme le père de la Turquie moderne, qui a mené la guerre d’indépendance, qui a mis fin à  l’empire Ottoman, déplacé la capitale administrative d’Istanbul à Ankara et instauré la laïcité partout.
Dans les musées, au fronton des gares, les enseignes, les rues. Jusqu’à la fameuse place Taxim, ancien lieu de partage des eaux, du temps de l’empire, aujourd’hui lieu de retrouvailles et de flâneries, jusqu’à cette étroite rue de l’Istiklal, fameuse par ses échoppes, et ce grand Bazar avec ces 400 commerces et ces ruelles qui rappellent l’Egypte. Les 15 millions d’Istanboulotes, partagés entre deux continents reliés par plusieurs ponts au-dessus du détroit de Bosphore paraissent tous attachés à leur héros.  Tout autant que les héros de la République, les symboles de l’empire Ottoman sont aussi présents,  à l’image de ce palais, réplique de Versailles, construit sur la partie européenne du Bosphore.
Paradoxalement, ce sont les fastes et la démesure de l’empire Ottoman qui font vivre le pays. Les millions de visiteurs européens ne se lassent pas de voir et revoir les traces laissées par ces grands conquérants. A Istanbul, la Mosquée Bleue et ses six minarets voit défiler plus de 90% des quinze millions de touristes qui visitent la Turquie. «Quand cette mosquée a été édifiée, de nombreuses protestations ont eu lieu dans le monde musulman. On reprochait aux Ottomans d’avoir édifié sur la mosquée 6 minarets, exception accordée jusque-là à la seule mosquée de Médine».
Monument colossal, la Mosquée Blue est fondée en 1609 pour donner la réplique à la Sainte Sophie, église fondée au 6e siècle de notre ère et transformée en mosquée lors de la prise de Constantinople (devenu Istanbul) en 1423. Tous les guides touristiques du pays le disent avec fierté, «le Calife s’était vaillamment opposé à la destruction de cet édifice chrétien. Les fresques et les représentations de la vierge Marie étant seulement recouvertes de marbre ».
Tout à côté, toujours dans cette rive européenne du Bosphore, on trouve le Palais ….Un endroit de faste, et de célébrations des nombreuses conquêtes du temps de l’empire. On retrouve les trésors des Ottomans, des gros diamants ultra protégés et exposés pour l’œil des  visiteurs, des berceaux en argent pour les enfants nés dans le harem royal, et plus loin, des épées de quelques personnalités, des vêtements princiers encore rembourrés pour donner l’impression de grandeur.
Dans d’autres parties, bien gardées, un chant religieux accueille le visiteur. Là sont exposées quelques reliques, une lettre qu’aurait adressé le Prophète à l’un de Ses compagnons, la poussière extraite de Sa tombe, Son empreinte moulée sur du bronze, etc. Une ferveur religieuse entoure ce lieu.
Pourtant plus loin, en dehors des monuments historiques et des mosquées (plus de 1 500 sans compter les salles de prière), Istanbul ressemble à n’importe quelle ville européenne, avec ses centres commerciaux ultramodernes, ses routes propres, ses enseignes au néon et son métro calqué sur le parisien qui relie une partie non négligeable de la ville. Les nuits sont animées avec des boîtes de nuit qui font largement recours aux danseuses russes et arméniennes. «Le tourisme marche bien la nuit », déclare un agent de voyages turc. Ici, une table peut se négocier facilement entre 100 et 250 dollars. Etant un pays laïc, ces commerces fonctionnent en toute transparence, sans cache-cache. La concurrence est rude entre boîtes de nuit. Dès qu’un touriste sort de son hôtel, il est abordé par des jeunes bien asticotés, les fameux démarcheurs commerciaux.
Le harcèlement dont font objet les étrangers est beaucoup plus vif qu’au Maroc.
Pourtant, on croirait encore aujourd’hui, quatre vingt ans après cette transition, que la Turquie a encore du mal à faire le choix. Ici, le débat sur l’Europe passionne, mais pas autant que l’Islam. Pas de contrastes, la Turquie a interdit les casinos en 1998, mais continue toujours de promouvoir les loisirs liés au tourisme.

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