Événement : Fin des «génériques»?

Produire des médicaments au Maroc, les rendre accessibles au plus grand nombre, diminuer les charges de l’Etat en achats de produits pharmaceutiques…Tels sont, entre autres, les différents avantages que permet la production de médicaments génériques. Des avantages qui risquent de disparaître. Et pour cause, les Accords de l’OMC dont le Maroc est désormais signataire, doublés par les fortes pressions exercées par les grands groupes multinationaux. Pendant 20 ans, un médicament reste la propriété du laboratoire qui l’a conçu dont il dispose du brevet et de l’exclusivité commerciale. Les accords précités le précisent bel est bien. Là n’est pas le problème. Le texte d’application de la loi sur la propriété industrielle n’a pas encore été adopté. Mais les professionnels craignent d’ores et déjà un excès de zèle qui pourrait s’avérer fatal pour leur activité.
«Le Maroc a toujours fait preuve d’un respect total des conventions internationales dont il est signataire. En matière de médicaments génériques, il ne déroge nullement à cette règle. Le problème vient des grandes multinationales qui cherchent par tous les moyens à prolonger la durée du brevet», explique Omar Berrada, qui était à la tête de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP) jusqu’au 29 mai dernier. Plus de 80% des médicaments disponibles au Maroc sont fabriqués localement. La plus grande part revient aux médicaments produits sous licence.
Le reste (environ 10%) est constitué de médicament génériques. Les principaux laboratoires auxquels revient leur fabrication sont au nombre de quatre : Pharma5, Galenica, Bottu, Laprophan. Principal client : l’Etat. Plus de 40% des achats en médicaments, d’un total annuel de 15 milliards DH, de l’Etat marocain  sont constitués de médicaments génériques. Les économies réalisées s’élèvent à 260 millions de dirhams annuellement. Les médicaments disponibles dans les hôpitaux du Royaume sont des génériques à hauteur de 50%.
La forte demande de l’Etat en médicaments génériques contraste avec la moyenne de 5 à 15% de ces produits qui profitent au privé. Le potentiel de développement de cette activité n’en reste pas moins énorme. D’autant que les avantages pour le consommateur marocain ne manquent pas. Les génériques sont généralement 30% moins chers que les molécules mères.
La possibilité pour un autre laboratoire de fabriquer un médicament à partir de la même molécule présente également des possibilités de développement considérables pour l’industrie pharmaceutique marocaine, dont les filiales de multinationales restent les leaders. Mais elle pose une double contrainte. Il y a, d’une part, l’obligation pour un laboratoire de recherche de rentabiliser ses investissements en Recherche-Développement.
D’autre part, l’accessibilité du médicament produit dans un marché donné, notamment dans les pays en développement, pose un problème à la fois de coût et de disponibilité. «Les avantages que représente le médicament générique poussent à l’encouragement de sa fabrication par les nationaux. Ce qui n’est pas pour plaire aux grands laboratoires internationaux», déclare une source proche du dossier qui a requis l’anonymat. Elle affirme que le lobbyng des grands groupes multinationaux est de plus en plus pressant.
Des tentatives sont menées ici et là pour que la période du brevet dépasse la date de demande de dépôt pour inclure également celle de la recherche, d’une durée moyenne de 10 ans. Il existe également d’autres tentatives pour valider la confidentialité des données relatives à la molécule. Si à cela s’ajoute le fait qu’un médicament est en général complémentaire vis-à-vis de plus d’un traitement, la période de validité du brevet risque de se prolonger indéfiniment. Certains représentants de groupes internationaux préconisent une fabrication 100% sous licence, affirmant craindre que la qualité des produits pharmaceutiques ne pâtisse d’une prolifération des génériques. Reste que, par définition, un médicament générique est strictement identique au médicament original. Il est donc aussi efficace que sûr. A la différence près que son prix ne prend en compte que les seuls coûts occasionnés par leur fabrication, alors que celui des «non génériques» intègre le coût de leur mise au point et de leur commercialisation. Les professionnels reprochent au Maroc son attitude dans le cadre des accords de l’OMC  et d’avoir trop vite cédé aux pressions des pays «producteurs ». Et cela, en adoptant illico presto le système des brevets alors que les Accords de Doha avaient laissé la porte ouverte pour les pays en développement qui n’étaient tenus de l’adopter qu’en 2005.  

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