Événement : La CGEM doit se remettre en cause

ALM : Nous sommes à la veille de l’A.G. de la CGEM. Que pensez-vous de l’action patronale en matière de développement économique?
Ali Sedjari : Malgré un réveil tardif, je constate avec beaucoup de tristesse que le patronat marocain n’a pas encore compris les véritables enjeux du management public. Le patronat doit jouer le rôle d’agitateur d’idées et s’imposer comme une force de proposition vis-à-vis du gouvernement. Ceci n’est pas le cas aujourd’hui. La CGEM est beaucoup plus perçue comme un lobby, un groupe fermé qui se consacre exclusivement à la défense de ses propres intérêts. Déchiré par des conflits d’intérêts, de groupes et de génération, le patronat ne joue aucun rôle fédérateur.

Comment en est-on arrivé là ?
Le patronat a profité pendant trop longtemps des largesses de l’Etat. Il a bénéficié de subventions diverses, d’amnisties fiscales et autres exonérations. Mais en contrepartie, les patrons marocains n’ont rien donné à l’Etat. Pire, ils font appel aux étrangers pour venir investir chez nous. C’est un scandale, sachant que des hommes d’affaires marocains investissent aujourd’hui des milliards de dirhams ailleurs que dans leur pays, en Afrique ou même en Espagne.
Je suis révolté de voir des patrons qui passent une dizaine d’années à construire une villa alors que leur propre entreprise ne dispose même pas du minimum requis en matière d’hygiène. Et les exemples ne manquent pas. Ces attitudes sont anti-nationalistes et font perdre toute crédibilité à la CGEM.

Vous avez parlé de conflit de générations au sein de la CGEM. Empêchera-t-il son rajeunissement?
Effectivement, le CGEM traverse une crise entre deux générations. Il faut savoir que le changement n’est pas un choix. C’est une obligation. Comme dans tous les secteurs, le savoir-faire des patrons se partage. La CGEM est condamnée à se restructurer et à se rajeunir car le bon sens et l’environnement international l’imposent. Une nouvelle conception de l’action patronale est nécessaire pour le développement économique et social du pays. L’économie n’est pas l’affaire du patronat ou du gouvernement, chacun de son côté. Bien au contraire. Le développement économique est le résultat d’une dynamique d’ensemble, d’un partenariat entre l’Etat et le patronat. Aujourd’hui, ce dernier n’a pas l’esprit d’initiative nécessaire car il ne veut prendre aucun risque.

Quelles solutions proposez-vous, alors?
La solution est simple. Mais seul le patronat est capable de la donner. Pour ce faire, la CGEM doit faire son autocritique et donner l’exemple. Cela implique d’énormes sacrifices de sa part. Elle ne doit plus se contenter d’être un simple consommateur. En d’autres termes, avant de demander toute chose à l’Etat, la CGEM doit se reconvertir, se restructurer, bref, se mettre à niveau.

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