Événement : Un plan pour relancer le commerce intérieur

Un secteur pris en otage par un schéma institutionnel complexe et une chaîne de distribution entre les mains d’opérateurs n’ayant pas la vocation . Telle pourrait être la conclusion du rapport du cabinet international Enerst & Young sur le commerce intérieur. L’étude finale qui sera remise à son commanditaire, en l’occurrence le ministère du Commerce et de l’Industrie, courant avril passe en revue les principaux freins au développement du commerce. Selon le rapport, la complexité du schéma institutionnel constitue un sérieux handicap pour le développement du secteur. L’activité est encadrée par sept ministères, avec un rôle prépondérant du ministère de l’Intérieur via les collectivités locales sous sa tutelle et les organes d’autorité locale. D’où les chevauchements dans les prérogatives de contrôle (prix, qualité, conformité). La non application des leviers majeurs comme la loi sur la concurrence s’explique par des raisons parfois sociales, voire historiques : la chaîne de distribution est encore largement contrôlée par d’anciens résistants, cas notamment des marchés de gros de fruits et légumes.
Autre frein au développement du commerce intérieur, la cherté de l’offre foncière avec un prix de vente du mètre carré allant jusqu’à 50000 dirhams dans le quartier commerçant de Casablanca contre 200 dirhams par mètre carré pour la location et un pas de porte supérieur à 3 millions de dirhams. Même tendance spéculative dans la ville de Marrakech, où il faut débourser 45 000 dirhams pour l’achat du mètre carré dans le quartier commerçant, 120 dirhams pour la location et jusqu’à plus de 2 millions de dirhams pour le pas de porte. Ces prix dissuasifs à l’achat proviennent, selon les auteurs de l’étude, d’un aménagement territorial déconnecté des besoins du marché et d’une législation sur les baux commerciaux peu incitative. En étant trop favorable au locataire, cette législation jouerait finalement en sa défaveur. Le renouvellement d’un bail commercial après deux ans d’exercice d’une activité à une adresse offre une protection très forte au preneur, mais conduit les bailleurs potentiels à hésiter à mettre leurs biens en location. De même l’indemnité d’éviction est égale à la valeur du fonds de commerce. Presque autant que le foncier, le financement de l’activité du commerce intérieur pose lui aussi un problème. Cela d’autant que les besoins en financement sont importants au démarrage de l’activité en raison notamment de la difficulté d’accès au foncier. L’activité est freinée aussi par une chaîne logistique, la «supply chain » onéreuse et mal organisée. Face à l’absence des opérateurs de logistique sur ce créneau, les opérateurs de distribution ont été contraints jusque-là à développer leurs propres solutions pour le transport classique, le conditionnement (température dirigée, négative), l’entreposage et la manutention. A ce titre, le manque de formation pour les métiers –supports est aussi un handicap. l’absence de politique publique formalisée pour inciter, structurer et développer le commerce intérieur. Ce diagnostic doit ouvrir la voie à un Plan Emergence pour le commerce intérieur, sensé inciter, structurer et développer cette activité. Il faudra au préalable contourner les lobby qui font la loi dans le secteur.

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