EXCLUSIF : Les agents maritimes pointés du doigt

EXCLUSIF : Les agents maritimes pointés du doigt

Rapport accablant de l’ANP et de la CGEM sur le renchérissement des coûts de passage portuaire

Depuis des années, les opérateurs privés ne cessent de signaler de manière récurrente le poids sans cesse important du coût de passage dans les ports marocains qui, évidemment, est de nature à affecter la compétitivité du produit marocain.

Depuis quelques mois, les pouvoirs publics mettent visiblement le paquet sur la dématérialisation des procédures documentaires portuaires, ce qui facilitera nettement la vie aux opérateurs économiques qui font dans l’import et export.

Mais cela ne semble pas régler un des plus grands problèmes auxquels sont confrontés les opérateurs, à savoir le coût du passage portuaire qui regroupe tous les frais que doit engager un importateur ou un exportateur soit pour sortir un conteneur du port soit pour en charger un sur un navire, pour le cas de l’export. Le débat ne date pas d’hier. Depuis des années, les opérateurs privés ne cessent de signaler de manière récurrente le poids sans cesse important du coût de passage dans les ports marocains qui, évidemment, est de nature à affecter la compétitivité du produit marocain.

Et c’est dans ce sens que l’Agence nationale des ports (ANP) a entamé en avril 2017, et à la demande de la CGEM, une enquête approfondie sur les coûts portuaires. Au terme de plusieurs mois d’investigations et d’analyse très fine des process, le groupe de travail commun entre l’ANP et la CGEM a fini par livrer ses conclusions qui, le moins qu’on puisse dire, ne sont pas favorables à l’un des acteurs majeurs de la chaîne, à savoir les agents maritimes appelés aussi dans le jargon, les consignataires. Ces derniers ont d’ailleurs été convoqués à une première réunion d’explications mardi 5 mars à travers leur association, l’APRAM. Réunion durant laquelle les représentants de l’ANP et de la CGEM ont présenté aux consignataires les conclusions de l’enquête.

Et les pratiques qui sont aujourd’hui reprochées aux consignataires ne sont pas légères.

Ainsi le rapport d’enquête a fait ressortir trois constats principaux pour le moins accablants.

Le premier concerne le renchérissement du coût de passage portuaire à cause, dit le rapport, de l’application par les consignataires de «marges importantes et surtout sans commune mesure avec les moyens mobilisés» par ces mêmes agents maritimes. En effet, en plus du fret maritime, les consignataires facturent aux opérateurs une multitude de prestations supportées par l’armateur du navire pour le chargement et déchargement d’un conteneur. L’ensemble de ces opérations est connu, dans le jargon, sous l’appellation Terminal Handling Charge (THC). Or le rapport de l’ANP fait ressortir clairement que les prestations facturées par les agents maritimes représentent près de 49%, presque la moitié, du coût global de transit portuaire.

A titre d’exemple, pour un conteneur de 40 pieds à l’import, alors que l’opérateur doit s’acquitter de 2.277 DH à l’ANP et à la société de manutention, il doit en rajouter jusqu’à 1.750 DH rien que pour le consignataire (hors coût du fret). De même pour le même conteneur mais à l’export, le coût portuaire peut aller jusqu’à 3.700 DH dont 2.000 DH pour l’ANP et le manutentionnaire et 1.700 DH pour l’agent maritime à lui seul (Voir infographie ci-contre). Mais le coût n’est pas le seul point reproché aux agents maritimes. Il y a aussi, et c’est le deuxième constat dégagé de l’étude de l’ANP, «l’opacité et le manque de transparence en ce qui concerne les tarifs de manutention et des droits de port qui leur sont imputés par les agents maritimes sous d’autres appellations et avec des marges en plus».

En fait, au lieu de répercuter sur l’importateur/exportateur les tarifs appliqués par l’ANP au titre des droits de port et par les sociétés de manutention, les agents maritimes facturent aux opérateurs lesdits frais en y ajoutant une marge. Ce qui, aux yeux des rédacteurs du rapport et des opérateurs, n’est pas très éthique. Tout cela avec, en plus, un système de facturation et une multitude de rubriques complémentaires qui font exploser les factures dans l’opacité totale.

Pourquoi les opérateurs laissent-ils faire alors ? pourrait-on s’interroger. Parce que tout simplement, ils n’ont aucune marge de manœuvre pour négocier avec les agents maritimes. Non pas que ces derniers soient en position de force mais plutôt parce que, comme le signalent enfin les rédacteurs du rapport, en plus de l’opacité, il y a une absence de «concurrence entre les consignataires qui appliquent généralement le même niveau de prix, des tarifs de référence de l’APRAM, ce qui limite le pouvoir de négociation des importateurs/exportateurs». En d’autres termes, pas la peine de chercher à baisser les coûts en faisant jouer la concurrence. Et c’est là le troisième principal constat dégagé à la suite de l’enquête de l’ANP.

Frais supportés par un conteneur au port de Casablanca

Face à cela, que faut-il faire ? Et que pourrait-on faire ? La réponse devrait tomber dans les semaines à venir. Après la réunion du 5 mars, pendant laquelle l’association des consignataires, l’APRAM, a été informée des résultats du rapport, d’autres devraient suivre pour essayer de trouver un terrain d’entente. Les représentants de l’APRAM n’ont évidemment pas manqué de se défendre en mettant le renchérissement du coût de passage portuaire sur le compte de l’ensemble de la chaîne et pas seulement les agents maritimes. Mais en réponse au reproche de l’opacité, l’association des agents maritimes a accepté de donner toutes les explications et en toute transparence au sujet de la multitude de prestations facturées. Mais en attendant d’arriver à un compromis, l’ANP et la CGEM ont d’ores et déjà consigné dans leur rapport une première ébauche de recommandations pour mettre fin à la flambée des coûts portuaires.

Ils en appellent ainsi à la nécessité de donner à l’ANP, en tant que régulateur de l’autorité portuaire, plus de pouvoirs en les étendant aux tarifs appliqués par les différents intervenants au même titre que les sociétés de manutention. Dans le même ordre d’idées, les opérateurs demandent aussi à l’ANP de soumettre les consignataires à une grille des tarifs publics plafonds qu’ils ne peuvent en aucun cas dépasser.

Mais rien ne dit que les agents maritimes accepteront ces nouvelles règles du jeu… Dossier à suivre

 

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